L'aventure continue

Le bimensuel La Cité, journal entièrement fondé par ses lecteurs, est né. Après le bon accueil du numéro zéro, l’aventure se poursuit grâce aux centaines de lecteurs qui nous ont rejoint, formant un solide cercle de bâtisseurs et apportant chacun sa pierre à l’édification d’un nouveau titre dans le paysage de la presse. Ce premier numéro leur est dédié.

Curieux, ouverts, indépendants, ne se laissant influencer ni inculquer une vision du monde, nos lecteurs sont attentifs au rôle de la presse dans la démocratie et se soucient de la qualité des journaux. Parfois chahutée, l’évolution de la scène médiatique suscite des interrogations laissées sans réponse. Qui doit décider du sort du journalisme écrit?

Ce journal se propose ainsi de devenir le porte-parole d’un lectorat exigeant qui entend reprendre ses droits sur les mutations de la presse en Suisse. S’abonner à La Cité, c’est notifier à celles et ceux qui prennent les décisions en haut lieu qu’un nombre croissant de lecteurs veulent, par le bas, avoir leur mot à dire. 

En incarnant ces aspirations, La Cité réclame que le centre de gravité se déplace vers celles et ceux qui lisent les journaux et celles et ceux qui les font – journalistes, photographes, dessinateurs, graphistes, etc. Bref, vers celles et ceux qui donnent du sens à l’information.

Au nom des lecteurs-citoyens, La Cité interrogera les pouvoirs politique et économique. Ce journal expliquera, racontera, éclairera mais ne conditionnera ni n’apostrophera. Il cultivera un ton respectueux en proscrivant les ricanements cyniques, les jugements de valeur négatifs sur les personnes ainsi que les insinuations malveillantes. La curiosité intellectuelle et les interrogations des lecteurs nous serviront de boussole éditoriale.

La Cité se veut un lieu symbolique où se concentre notre, votre, regard sur la réalité. Un regard ouvert et éclectique, à la fois horizontal et vertical, fondant une démarche opposée au repli sur soi et à l’enfermement dans ses propres certitudes

C’est pourquoi ce nouveau titre se place en dehors de la logique des «rapports de force». Bloc contre bloc, gauche contre droite, la crédibilité des journaux est souvent écornée par leur appartenance ou dépendance plus ou moins déclarée à un bord partisan ou à des catégories économiques et financières.

Libre et inclassable, ce titre pratique un journalisme désintéressé mais d'intérêt public, élargi aux universitaires et aux créateurs, augmenté d'une alliance avec celles et ceux qui œuvrent à la circulation des idées, des opinions, du savoir et de la culture.

La Cité cultive l’idée que le journalisme sert l’intérêt public. Voilà ce qui nous motive à inviter le public à soutenir, à son tour, ce projet. Ce très jeune journal est jusqu’ici parvenu à susciter un mouvement d’intérêt grandissant autour de lui, canalisant les attentes pour une presse libre et inclassable. Jusqu’où ira-t-il? Si l’utopie est une maladie de jeunesse, nous espérons qu’elle sera contagieuse.   

Paru dans le n.1, 16 septembre 2011

Un nouveau journal malgré tout

Créer un nouveau journal, une utopie? L’équipe de La Cité croit qu’il y a encore un large public qui ne peut se passer de la lecture d’articles de presse pour saisir pleinement les enjeux de l’actualité suisse et internationale, un public qui souhaiterait tenir un titre tel que celui-ci entre les mains.

Face à la crise qui bouscule l’information et les médias, l’avenir des  journaux est plus que jamais l’affaire de tous. Il n’est pas de projet en ce sens qui ne décèle des ambitions profondes.

La Cité incarne à la fois une réponse aux aspirations de ces lectrices et lecteurs qui souhaitent une troisième voie – entre médias «marchands» et «militants» – et un défi porté contre la morosité qui envahit le monde des médias.

Ce bimensuel n’est en rien un coup de tête de journalistes qui bricolent une feuille d’information dans un coin de table. Il se présente comme un journal à part entière et un acteur engagé dans la préservation du savoir-faire des journalistes en Suisse. 

Nous sommes persuadés que tout ce qui dégrade la culture du journalisme dévitalise le débat démocratique et raccourcit les chemins qui mènent au repli sur soi et à s’enfermer dans ses propres certitudes. Il faudra d’ailleurs un jour faire le procès de ces années dans lesquelles tant de bouleversements ont frappé les rédactions et érodé la qualité des journaux comme la crédibilité du métier.

Mais regardons devant nous. Comme dans bien d’autres défis cruciaux pour la démocratie, l’avenir de la presse reste fixé aux ressorts d’une société qui égare par moments sa capacité à lever les blocages et à mobiliser le courage de ses utopies.

Créer un journal tel que La Cité va au-delà de la pure revendication d’étoffer le pluralisme de l’information. Nous voulons croire qu’il est possible de renverser un certain ordre des choses.

Croire qu’un journal puisse être fondé et porté par ses (futurs) lecteurs, aux côtés de titres détenus par des groupes de presse ou créés par des institutions, églises ou banques, géants de la distribution et partis politiques.

La Cité place entièrement son destin entre les mains de celles et ceux qui veulent rompre avec l’atonie ambiante et affirmer: «oui», je fonde un nouveau journal, «oui» je vivifie la diversité de la presse, «oui», je soutiens une démarche audacieuse de création et de renouveau. 

Car nous entendons innover dans l’exercice du journalisme. Aujourd’hui, les rédacteurs de La Cité font alliance avec le talent des créateurs visuels ­– dessinateurs, graphistes, photographes et artistes peintres – qui enrichissent les jeunes pages de ce numéro.

Demain, cette alliance s’élargira aux réseaux sociaux et aux libres penseurs, à celles et ceux qui explorent de nouvelles frontières de la connaissance et de la pensée. Une rédaction ne suffirait visiblement pas à réunir tous ces acteurs, il faut bien pour cela une «Cité».

Moulé dans et par le métier du journalisme, chevillé à ses normes déontologiques comme à la rigueur de ses pratiques, ce journal se veut un carrefour d’idées, d’opinions, du savoir et de la culture.

Un journal où les questions politiques, économiques, sociales et environnementales seront traitées en profondeur. Où la curiosité intellectuelle mais aussi les préoccupations concrètes des citoyens serviront de boussole éditoriale.

Dans notre mission d’analyser les mutations de la société en Suisse et ailleurs, la seule dépendance à laquelle nous concédons, c’est celle de nos lecteurs.

Au milieu d’un processus de transformation radicale de la relation du public à l’information, La Cité avance avec la conviction que la vraie crise est là, dans l’effritement de ce lien qui soudait la presse et son lectorat.

Au fil de ces quatre mois après l’annonce du projet, nous avons suscité un mouvement de convergence quant à la place que cherche à occuper ce titre dans un paysage médiatique bousculé par ceux-là même dont il tirait sa force: les citoyens-lecteurs. Auxquels nous faisons appel pour réaliser l’objectif de réunir 5000 abonnements fondateurs, par l’adhésion d’autant de sensibilités individuelles persuadées comme nous que la presse a besoin de nouveaux défis et d’un titre qui les incarne.

A partir de là, La Cité pourra se tenir debout et marcher vers le prolongement d’un pari jusqu’ici réussi. 

FABIO LO VERSO, rédacteur en chef