Passé recomposé

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Mis en ligne le 12 décembre 2012 à 13h41

[dropcap]J[/dropcap]usqu’à ce que je la découvre de mes propres yeux, la Roumanie n’évoquait pour moi que deux souvenirs majeurs: les cadavres de Nicolas et Elena Ceausescu sur mon écran télé de petite fille, puis, peu de temps après, les larmes de mon père de retour d’un séjour de quelques semaines en Transylvanie.

C’était en 1989. Suite à la chute du dictateur, le pays était moralement éteint et économiquement mort. Tout était à réinventer en matière de démocratie, mais les nouveaux dirigeants semblaient se perdre à essayer de trouver un équilibre entre les décombres d’un système communiste planifié  et l’idéal d’une économie de marché à l’occidentale.

C’était en 1989, à ce moment-là, je n’avais que huit ans, mais je me souviens du moment où je feuilletais le Paris-Match et le grand reportage photographique nous montrant la résurrection de tout un pays en  images. C’était en Europe. C’était presque chez moi.

Dans les mois de l’hiver 1990, des associations d’entraide ont été créées par des citoyens suisses volontaires pour prendre la route et apporter une aide à cette Roumanie qui difficilement pansait ses plaies et songeait à sa reconstruction.

Dans l’un de ces camions, il y eût justement mon père et d’autres habitants de mon village. Une équipe composée d’une dizaine de personnes, qui restèrent trois semaines dans un petit village de Transylvanie et qui en revinrent non seulement émus mais aussi munis de dizaines de pellicules photographiques en guise de témoignage du malheureux spectacle qu’ils avaient vu dans les campagnes. Par la suite, plusieurs convois eurent lieu durant une dizaine d’années, jusqu’à ce que le projet ne s’essouffle.

Aujourd’hui, au travers d’un certain nombre de photographies datant d’il y a entre dix et vingt ans et récoltées au sein de plusieurs associations d’entraide pour la Roumanie, j’ai pu me constituer ainsi une collection d’images d’archives.

J’ai alors décidé de me rendre sur place, en juillet 2011, avec ces anciennes images et de mener un projet photographique autour de celles-ci. J’ai ainsi retrouvé les lieux et certaines personnes figurant sur ces images et tenté de reconstituer les diverses scènes immortalisées alors.

Avec ce premier angle d’approche factuel «avant-après», j’ai pu délimiter une démarche photographique et rythmer les quelques semaines passées sur place. Puis, au fil des jours, j’ai pu approfondir mon appréhension de ce qui m’entourait, en me rapprochant des personnes rencontrées, dans l’idée de réaliser des portraits, des images d’ambiances, le tout au cœur de leur environnement intime, ou des images de paysages se rattachant plus globalement à la vie de ces villages.

Au final, ces deux approches, réalisées avec deux regards différents, forment ainsi un travail de reportage-documentaire que je réunis ici dans un même travail intitulé «Passé recomposé», toutes deux témoignent d’une Roumanie du présent qui avance, tout en vivant dans l’ombre de son passé.

Texte et photos par DELPHINE SCHACHER