«En Amérique latine, l’enfance se construit dans le déchirement»

La directrice du festival, Sara Cereghetti, vue par © Charlotte Julie / Octobre 2015

La directrice du festival, Sara Cereghetti, vue par © Charlotte Julie / Octobre 2015

 

La directrice Sara Cereghetti met l’accent sur le thème de l’enfance, à l’honneur de la dix-septième édition du festival Filmar en América Latina, du 13 au 29 novembre.

 

Charlotte Julie
27 octobre 2015

Sergihno a à peine 15 ans, mais il est déjà l’homme de la maison. Il s’occupe de son petit frère malade, délaissé par sa mère alcoolique. Le film du Brésilien Chico Texeira, Ausencia, raconte les tribulations de ce courageux adolescent qui, fatalement, vit une troublante découverte de sa sexualité. Dans Dos Aguas, Nató, 11 ans, veut devenir joueur professionnel de football au Costa Rica, pour sortir sa famille de la pauvreté. Mais il découvre que son frère est impliqué dans une sombre histoire avec une bande de narcotrafiquants. Il décide de l’aider, à ses risques et périls. La réalisatrice Patricia Velásquez réussit ici une admirable œuvre sur la puberté comme moment d’éveil mais aussi de souffrance. Une métaphore purement latino-américaine.

Comme Sergihno et Nató, en Amérique latine, les enfants et les adolescents, souvent pris dans les filets de la déchéance sociale, multiplient les expériences d’abandon, de souffrance et de deuil. «Du nord au sud du continent, l’enfance se construit dans le déchirement», affirme Sara Cereghetti, directrice de Filmar en América Latina. Le festival consacre à cette thématique sa section Dédicace, «un espace de célébration, d’attention kaléidoscopique portée à un sujet», ajoute-t-elle. Dix films qui constituent autant d’actes de dénonciation sociale.

«PETITS HÉROS, GRAND CINÉMA»

Les «petits héros» du festival se nomment aussi Nieve, une petite fille cubaine de 8 ans, dans Todos se van, du Colombien Sergio Cabrera, Rocio, petit paysan de l’Altipliano guatémaltèque dans La casa más grande del mundo de Ana Bojórquez et Lucìa Carreras, ou El Gurì, orphelin argentin abandonné par sa mère, une jeune prostituée condamnée par une terrible maladie dans le film homonyme El Gurì, de Sergio Mazza. «Petits héros, mais grand cinéma», ajoute Sara Cereghetti dans sa présentation au Club suisse de la presse à Genève.

Les films présentés nous font explorer «l’univers de l’affectivité et la dimension familiale latino-américaine», analyse la directrice du festival. «Une dimension plus intense qu’en Europe.» Dans le passage à l’âge adulte, «les enfants et adolescents traversent peut-être plus souvent des moments de rupture», étaie-t-elle. «On peut même dire que la rupture est un élément constitutif de l’enfance en Amérique latine.»

À sa dix-septième édition, Filmar en América Latina «continue à proposer des films qu’on ne verrait pas en Suisse», déclare Jean-Pierre Gontard, président de l’association des Trois Mondes, à l’origine du festival. «Avant Filmar, on découvrait les merveilles du cinéma latino-américain à Cuba ou en Argentine, en faisant en tout cas le déplacement de l’autre côté de l’Atlantique.»

Avec 99 films, dont huit œuvres en compétition, le festival représente la plus grande manifestation cinématographique de Suisse dédiée à l’Amérique latine. Pour l’édition 2015, il se métamorphose en abolissant la distinction entre documentaire et fiction, déclare Jean-Pierre Gontard, mais aussi en remaniant l’offre des lieux de projection, à Genève, Lausanne, Pully, Martigny, entre autres, ainsi qu’en France voisine*. Une nouvelle formule, déclinée en «neuf boîtes conceptuelles», conçue «pour amplifier le dialogue avec le public».

 

Programme et liste complète des salles de projection* : www.filmar.ch
(lien à utiliser aussi pour Filmarcito, le festival des petits, du 14 octobre au 2 décembre)