«La Route du Levant», face-à-face décapant entre un aspirant djihadiste et un policier

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Le dramaturge genevois Dominque Ziegler met en scène une pièce policière à l’humour percutant qui confronte deux visions du monde. À voir au théâtre du Grütli à Genève jusqu’au 4 février.

Publié le 16 janvier 2016


Par Luisa Ballin

Dominique Ziegler a le sens du rythme, de l’humour, de l’histoire et de l’actualité. À l’heure où des attentats terroristes revendiqués par la nébuleuse islamiste sèment mort et terreur dans de nombreux pays, l’homme de théâtre genevois signe le texte et la mise en scène de «La Route du Levant», face-à-face décapant entre un aspirant djihadiste et un représentant de l’ordre républicain.

Dans une unité de temps et de lieu — un jour, ou une nuit, dans un sinistre commissariat de banlieue —, le spectateur assiste à une joute oratoire où s’affrontent deux visions subjectives de la société mondialisée: celle qu’un jeune en mal d’identité voudrait islamiste et celle qu’un représentant de l’ordre veut résolument républicaine. Avec pour guide suprême et allié indispensable, internet, l’omniprésent.

© Alex Kurth / alex@alexkurth.ch

© Alex Kurth / alex@alexkurth.ch

Choc des cultures entre un jeune qui rêve de départ et de jihad à portée de clic et un policier qui tente de le dissuader de passer à l’acte. Tout en l’invitant au passage à collaborer pour aider police et justice à démanteler les filières de recrutement au départ pour la dite guerre sainte au Levant et en Occident. Le décor est minimaliste, pour mieux enfermer le spectateur et les deux protagonistes, dans un huis-clos qui colle à l’actualité et réveille les consciences. Deux destins, une histoire de dérives et une chute à rebondissement.

Le théâtre de Dominique Ziegler fait rire, réfléchir et captiver. Le dramaturge genevois tend des miroirs à qui veut les saisir pour s’interroger ou décrypter des enjeux de nos sociétés. «L’idée de cette pièce est née à la lecture d’articles de journaux qui relataient la recrudescence du nombre de jeunes Européens en partance pour la Syrie ou l’Irak, séduits par la propagande des groupes extrémistes d’Al-Qaida ou de Daech», explique Dominique Ziegler. Le propos est clair. La trame de la pièce est, elle, sans temps mort et les répliques aiguisées.

FASCINATION MYSTÉRIEUSE

«Le départ pour le djihad de jeunes gens éduqués dans les écoles républicaines ayant vécu dans une société occidentale reste un mystère, malgré l’écho médiatique que rencontre cette problématique», s’interroge Dominique Ziegler qui, s’il n’apporte pas de réponse à cette question lancinante, propose quelques pistes de réflexion truffées de bons mots et de remarques pertinentes pour mieux saisir le point de vue des deux protagonistes de sa pièce qui iront jusqu’au bout de leurs logiques antagonistes.

© Alex Kurth / alex@alexkurth.ch

© Alex Kurth / alex@alexkurth.ch

«La Route du Levant» est aussi un questionnement sur une certaine utilisation du web qui, comme l’affirme le metteur en scène, «permet le lavage de cerveau, la propagande massive qui utilise parfois les codes de l’entertainment hollywoodien pour les retourner contre leur initiateurs et défendre une conception rigoriste et extrémiste de la religion. Le net n’est plus simple technologie, mais acteur à  part entière de cette nouvelle confrontation interplanétaire. Il est arme, il est champ de batailles, il est substitut de prêche, il est logiciel espion, il est lieu de recrutement et de planification». Il peut aussi être arme de dissuasion massive qui permet parfois aux autorités de traquer et d’arrêter les djihadistes présents et futurs, d’accumuler des preuves et de déjouer des attentats.

Politique, policière et populaire, «La Route du Levant» est une œuvre à l’humour percutant qui interpelle. Conçue pour tous publics, toutes générations et toutes sensibilités confondues, la pièce est interprétée par Olivier Lafrance et Ludovic Payet qui campent avec talent le policier et le djihadiste.


La Route du Levant
pièce écrite et mise en scène par Dominique Ziegler.
Avec Olivier Lafrance et Ludovic Payet.

À voir jusqu’au 4 février au Théâtre du Grütli à Genève.
Du mardi au samedi à 20h et le dimanche à 18h
Réservations: 022 888 44 88
ou www.grutli.ch

Art & CultureLuisa Ballin