Le rêve d’une autre Italie, le leurre d’une génération

L’écrivain, musicien et acteur Giulio Casale. © Leonardo Arrisi

L’écrivain, musicien et acteur Giulio Casale. © Leonardo Arrisi

À quoi rêvent aujourd’hui les quadras transalpins qui prônaient hier la révolution sur leur tee-shirt? L’écrivain, musicien et acteur Giulio Casale et le journaliste Andrea Scanzi tentent d’y répondre de manière originale avec un spectacle intitulé Il sogno di un’Italia (Le rêve d’une Italie). Survol en images d’archives, bonne musique et textes pertinents pour immortaliser vingt ans de vicissitudes d’une Italie riche en fantaisie, mélodies, hérésies et nostalgies. À découvrir au Casino Théâtre de Genève, le 5 avril prochain.

Publié le 2 avril 2016


Par Luisa Ballin

De la mort du charismatique Enrico Berlinguer, l’inoubliable secrétaire général du Parti communiste italien, à la frénésie hédoniste des années 80, en passant par le sang versé lors des affrontements en marge de la réunion du G8 à Gênes, Giulio Casale et Andrea Scanzi revisitent les désirs et les travers du Bel Paese, dans un spectacle rythmé par des chansons qui firent la gloire de cantautori de référence: Edoardo Bennato, Giorgio Gaber, Franco Battiato, Ivano Fossati, Francesco De Gregori et de l’Américain Jeff Buckley, jeune étoile filante de nos mélancolies. Sans oublier les héros de la lutte anti-mafia que furent les juges Giovanni Falcone et Paolo Borsellino, victimes avec leurs escortes d’attentats mafieux.

L’espoir d’une Italie meilleure n’a-t-elle été qu’un leurre? pour paraphraser Mario Monicelli et son constat: La speranza è una trappola. Scanzi et Casale convoquent les fantômes de ceux qui s’en allèrent trop tôt comme l’acteur napolitain Massimo Troisi, le pilote automobile brésilien Ayrton Senna et Marco Pantani, champion cycliste surnommé le Pirate de Cesenatico, suicidé ou trucidé dans une chambre d’hôtel, mort selon l’histoire officielle d’une insuffisance cardiaque provoquée par un mélange de médicaments et de cocaïne.

Le journaliste Andrea Scanzi, à gauche, Giulio Casale à droite. © Leonardo Arrisi

Le journaliste Andrea Scanzi, à gauche, Giulio Casale à droite. © Leonardo Arrisi

Il sogno di un’Italia porte bien son sous-titre désenchanté, Vent’anni senza andare mai a tempo (Vingt ans sans jamais être au tempo), clin d’œil à Enzo Jannacci, médecin reconverti en chanteur, acteur et karatéka, à qui l’on doit notamment l’album 30 anni senza andare fuori tempo.

Il sogno di un’Italia dit la politique qui ne sait plus faire rêver ni générer l’espoir. Il dit aussi que l’art, la musique, le cinéma, la littérature et même le journalisme peuvent se muer en engagement.

© Leonardo Arrisi

© Leonardo Arrisi

Organisé par l’association A Riveder le Stelle qui promeut la culture italienne et l’engagement citoyen à Genève, le spectacle de Scanzi et Casale résume avec un brio caustique, critique et lyrique, deux décennies charnières marquant un pays qui continue de fasciner malgré ses déboires.

«En Italie, rien ne fonctionne et tout vit», disait un vieux professeur d’histoire. Et c’est un moment de cette vie trépidante que le chanteur et le journaliste proposent de faire partager au public. L’émotion sera au rendez-vous. Comme elle le fut lors de leur performance précédente, Le cattive strade (Les mauvaises routes), le bel hommage qu’ils avaient rendu au brillant poète et chanteur que fut Fabrizio de André.

Il sogno di un’Italia
Mardi 5 avril à 20h00
Casino Théâtre de Genève

info@arivederlestelle.org
www.arivederlestelle.org

L’écrivain, musicien et acteur Giulio Casale. © Leonardo Arrisi

L’écrivain, musicien et acteur Giulio Casale. © Leonardo Arrisi

Luisa Ballin