August Strindberg révélé sous un nouveau jour

Salicaire, 1892, huile sur toile, collection privée

Salicaire, 1892, huile sur toile, collection privée

 

Le Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne présente, jusqu’au 22 janvier 2017, une facette peu connue de l’écrivain scandinave August Strindberg, à travers l’exposition «De la mer au cosmos». L’auteur de littérature dramatique endosse le rôle d’un peintre sensible aux humeurs de la nature et plonge ainsi le spectateur dans des ambiances divergentes.

 

Ekatérina Soldatova
21 novembre 2016

August Strindberg est plus connu aux yeux du public comme étant l’un des exportateurs de la littérature dramatique scandinave. Sa démarche précoce, ainsi que celle de l’écrivain norvégien Henrik Ibsen, ont conféré un succès international à la littérature nordique vers la fin du XIXe siècle. Ces deux écrivains étaient en phase avec leur époque, voire en avance, car encore aujourd’hui, à l’heure où le nationalisme tend à se renforcer,  ils poussent à réfléchir sur la notion d’une littérature mondiale.

Vacillements

L’écrivain suédois s’est cependant également imposé comme une figure importante de la peinture impressionniste. Il se rapproche de ce courant notamment en raison de son étude minutieuse de la mobilité des nuages et de son observation du firmament, car August Strindberg se veut être aussi un homme de science. L’exposition affiche d’ailleurs des «célestographies» impressionnantes ainsi que de nombreuses photographies de nuages sur négatif.

Le peintre garde tout de même un pied sur Terre: il s’aventure au cœur de la nature. Les touches épaisses de sa peinture dansent avec les humeurs de cette dernière et tendent parfois à une certaine abstraction où  la Terre et le ciel ne forment plus qu’un élément. La pulsion qui le pousse à peindre en extérieur n’est pas sans rappeler l’École de Barbizon. Mais à la différence des paysagistes, l’artiste scandinave accorde une plus grande importance à l’humeur que transmet la nature qu’à ce qu’elle représente.

Le peintre nordique se focalise d’ailleurs sur les états extrêmes du paysage marin. La mer d’August Strindberg effraye: tantôt claire et imperturbable, tantôt noire de colère, elle se montre plus imprévisible que dans le périple d’Ulysse. L’artiste a également porté un intérêt à d’autres éléments de l’environnement. Ainsi, son «île verdoyante» et son «pays des merveilles» servent de refuge par opposition à l’ouverture vers l’inconnu qu’impose la mer, une rupture qui rassure.

Un sceptique ambitieux?

Sans cesse impliqué dans la quête du vrai, Strindberg est parfois allé jusqu’à vouloir renverser certaines théories scientifiques de son temps. Sa recherche de la certitude, notamment dans des domaines aussi vastes et abstraits que la métaphysique et la philosophie, semble utopique. Pourtant, il nous rappelle une vérité indubitable : la capacité de la nature à prendre le dessus sur l’homme. Ce pouvoir, l’être humain se l’approprie de plus en plus, à ses risques et périls.

Après cette rétrospective, la question de savoir si August Strindberg était réellement peintre surgit. Écrivain, impressionniste, chercheur scientifique, mais encore éditeur et typographe, cet artiste norvégien a touché à des domaines très variés. Le public se demande alors si sa peinture était une véritable passion ou une expérimentation passagère.

L’Université de Lausanne consacrera, vendredi 2 décembre 2016, d’ailleurs une journée d’étude interdisciplinaire à cette problématique. «August Strindberg. Comète ou figure de son temps?»: questionnement intéressant, mais aboutira-t-on à une réponse?

La jument blanche, 1892, huile sur carton, Stockholm, Nationalmuseum

La jument blanche, 1892, huile sur carton, Stockholm, Nationalmuseum

 
Ekatérina Soldatova