Daniel Barenboïm, bras culturel du dialogue entre les deux rives de la Méditerranée

© Mediapro / 2016

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Luisa Ballin
10 décembre 2016

Ce soir, lorsque Daniel Barenboïm dirigera cinq jeunes prodiges membres de l’orchestre West-Eastern Divan, sous la voute de l’artiste espagnol Miquel Barceló dans la Salle des droits de l’homme et des civilisations de l’ONU à Genève, lors d’un concert exceptionnel organisé par la Fondation Onuart pour célébrer à la Journée internationale des droits de l’Homme, les représentants des États seront sans doute touchés par l’engagement et le talent de ces musiciens d’exception. Et peut-être œuvreront-ils davantage pour que la paix en Syrie et dans le reste du Moyen-Orient ne soit plus un vœu pieux.

Pour le maestro Barenboïm, né à Buenos Aires (Argentine) en 1942, détenteur d’un passeport israélien et d’un passeport palestinien, l’investissement constant en faveur du dialogue entre Israéliens, Palestiniens et citoyens d’autres pays arabes, est une vocation à plein temps, depuis qu’il a cofondé en 1999, avec son ami le regretté écrivain américano-palestinien Edward Said, l’orchestre du West-Eastern Diwan, composé de jeunes virtuoses issus notamment de pays en conflit. Pour lui, comme pour les jeunes virtuoses, jouer dans l’enceinte des Nations Unies à Genève est primordial. «Nous sommes très fiers d’être des ambassadeurs des Nations Unies et de voir que notre activité est reconnue par l’ONU. Cela nous flatte et fait partie des choses que nous pouvons et que nous voulons faire», a–t-il expliqué à La Cité.

Le chef d’orchestre, qui a notamment dirigé l’orchestre de la Scala de Milan, affirme que l’une des conséquences de la politique des gouvernements est que «au Moyen-Orient, nous sommes maintenant tous des exilés. Les Israéliens et les Arabes. C’est pour cela que j’ai ouvert l’Académie de musique à Berlin. Elle devrait d’ailleurs aussi avoir un siège à Tel-Aviv, à Damas, au Caire et à Ramallah. Mais cela n’est pas possible».

Depuis 2015, la Barenboïm-Said Akademie, sise dans la capitale allemande, ouvre ses portes à 90 étudiants aspirants musiciens, désireux de parfaire leur cursus universitaire en Musique et Humanités, grâce à un programme de bachelor en quatre ans.

Jouer pour la paix, avec passion, détermination et une ardente patience. Daniel Barenboïm se souvient avoir été «bien reçu à Ramallah. Mais cela fait onze ans. Et la situation a changé. Ce ne serait pas facile d’y aller aujourd’hui», regrette-t-il. Et qu’en est-il d’aller jouer en Israël? «En Israël, cela n’est pas possible, parce que dans notre orchestre, nous avons des musiciens qui viennent de pays en guerre avec Israël», précise le maestro argentino-israélo-palestinien.

La musique, profonde et ludique, pour transporter et sensibiliser les êtres, toutes appartenances confondues. Comme celle de Mozart, qui sera à l’honneur ce soir au Palais des Nations, sous la baguette de Daniel Barenboïm accompagné des musiciens Kian Soltani, Cristina Gómez Godoy, Jussef Eisa, Zeynep Köylüoglu et Merav Goldman. Sous les yeux du directeur général de l’ONU, Michael Møller et de Miguel Angel Morantinos, ancien ministre des Affaires étrangères de l’Espagne qui préside aujourd’hui Onuart.

Miguel Angel Moratinos était à Genève aux côtés de Daniel Barenboïm, de Mariam Saïd, la veuve d’Edouard Saïd, et des jeunes musiciens. Le diplomate espagnol est engagé dans l’initiative qu’il a contribué à créer pour jeter des ponts politiques, diplomatiques et culturels entre les deux rives de la Méditerranée et au Moyen-Orient. L’orchestre du West-Eastern Divan est-il selon lui le bras culturel de l’initiative méditerranéenne et moyen-orientale? «Évidemment ! L’orchestre du West-Eastern Divan est un exemple concret de ce que l’on peut faire, à travers le respect des uns et des autres et l’engagement envers les uns et les autres. Il a cette force créatrice et cette volonté de travailler ensemble, de rêver ensemble et d’envisager le futur ensemble. Nous pouvons tous trouver dans cet orchestre un modèle et une référence», a-t-il souligné.   

 

Le pont entre la Méditerranée et le Moyen-Orient passe par Genève

Si Miguel Angel Moratinos est ce soir à l’ONU, il était hier à l’Université de Genève. «Nous avons formé la Commission politique de cette initiative méditerranéenne et nous avons établi son plan d’action. Nous avons d’ailleurs présenté notre initiative au Parlement européen, à la Haute représentante de l’Union européenne, Federica Mogherini, ainsi qu’à de la Ligue Arabe et aux principaux pays de l’Afrique du Nord, Maroc, Algérie, Tunisie, Émirats Arabes Unis, etc. Un partenariat académique a vu le jour avec plus de 43 instituts, think tanks et autres centres de recherches des deux côtés de la Méditerranée. Ils se sont réunis à Genève il y a trois semaines et ils vont commencer à travailler sur le Livre Blanc. La commission politique que je préside sera en contact avec les pays concernés et avec l’Union pour la Méditerranée afin de relancer ensemble cette dynamique de dialogue et de paix dans la région. Étant donné que malheureusement, jusqu’à présent, il n’y a pas de leadership assumé par un pays, nous avons pensé qu’il faut sensibiliser les représentants des Etats et les faire avancer dans cette démarche», a-t-il indiqué à La Cité.
 
D’ici l’été 2017, un certain nombre de pays de la région méditerranéenne du Nord et du Sud sont pressentis pour se portent garants et soutenir l’initiative promue par Miguel Angel Moratinos et ses complices: Enrico Letta, ancien Premier ministre italien, Amr Moussa, ancien Secrétaire général de la Ligue Arabe, Benita Ferrero, ancienne Commissaire de l’Union européenne, Ahmedou Ould Abdallah, ancien ministre des Affaires étrangères de Mauritanie, Carlo Sommaruga, ex Président de la Commission des Affaires étrangères du Conseil national suisse, Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères de la France, et André Azoulay, conseiller du roi Mohamed VI du Maroc.

 

 
Luisa Ballin