César, quatre sculpteurs en un artiste

César, Expansion bouilloire, 1967, mousse de polyuréthane, fer blanc, 41 × 39 × 22 cm / Collection Marcel Lefranc. © SBJ / Adagp, Paris 2017 / Photo © Centre Pompidou, MNAM-CCI Philippe Migeat / Dist. RMN-GP

César, Expansion bouilloire, 1967, mousse de polyuréthane, fer blanc, 41 × 39 × 22 cm / Collection Marcel Lefranc. © SBJ / Adagp, Paris 2017 / Photo © Centre Pompidou, MNAM-CCI Philippe Migeat / Dist. RMN-GP

 

 

Le Centre Georges Pompidou à Paris expose César, sculpteur français à la fois illustre et méconnu, décédé il y a vingt ans. Hommage à ce talent aux multiples facettes avec Stéphanie Busuttil-Jansen, présidente de la Fondation César et Bernard Blistène, directeur du Musée national d'art moderne. À voir jusqu’au 26 mars.

 

Adeline Percept
Correspondante à Paris

18 janvier 2018 — La brume et le gros temps ternissent le ciel de Paris. Entre le gris de l’air et les pavés mouillés, c’est à l’angle de la petite rue Berger qu’alors se détache, posé comme une surprise sur l’esplanade du Centre Georges Pompidou, ce pouce doré de six mètres de hauteur, jailli du sol. La rétrospective César commence avant même d’entrer dans le musée. Stéphanie Busuttil-Janssen, présidente de la Fondation César, marche à nos côtés. C’est elle qui a proposé d’installer là cette Empreinte, le pouce de César, son autoportrait: «Le Pouce a une force incroyable, posé ici », dit en souriant celle qui a été sa dernière compagne.

© SBJ / Adagp, Paris / Courtesy Luxembourg & Dayan I Photo © Daniel Gonzalez / Studio Piano & Rogers / Georges Meguerditchian

© SBJ / Adagp, Paris / Courtesy Luxembourg & Dayan I Photo © Daniel Gonzalez / Studio Piano & Rogers / Georges Meguerditchian

L’histoire de ce pouce commence en 1965. César est invité à une exposition sur le thème de la main, de Renoir à Picasso. Il veut se démarquer en proposant un travail de son temps. «En préparant l’exposition, il rencontre un homme qui possède un pantographe, un outil qui permet de changer les échelles en sculpture. À partir de l’empreinte de son propre pouce, César présente pour cette expo un pouce de 40 centimètres en résine plastique orange», raconte-t-elle.

En jouant sur les échelles (de 4,5 centimètres à 12 mètres) et sur les matériaux (fonte d’aluminium, fonte de fer, verre, marbre), César obtiendra ensuite des pièces aux effets très différents, même s’il part toujours de son empreinte de pouce. Stéphanie Busuttil-Janssen observe la pièce de six mètres: «On n’a jamais regardé un pouce de façon si approfondie, c’est presque comme une peau d’éléphant ! L’agrandissement propose une nature sublimée. Cela avait du sens de le mettre ici, devant le Centre Georges Pompidou, parce que César disait: ce n’est pas ma tête qui guide ma sculpture, c’est le toucher, la main

 
César, Compression «Ricard», 1962, tôle, automobile compressée, 153 x 73 x 65 cm, MNAM / Centre Pompidou, Paris. © SBJ / Adagp, Paris 2017 Photo © Centre Pompidou, MNAM-CCI Adam Rzepka / Dist. RMN-GP

César, Compression «Ricard», 1962, tôle, automobile compressée, 153 x 73 x 65 cm, MNAM / Centre Pompidou, Paris. © SBJ / Adagp, Paris 2017 Photo © Centre Pompidou, MNAM-CCI Adam Rzepka / Dist. RMN-GP

 

 

L’artiste aux «quatre gestes»

Au sixième étage du musée, plusieurs Empreintes sont exposées: des pouces, et la déclinaison d’un sein féminin pour lequel César avait pris comme modèle le sein d’une danseuse du Crazy Horse. Empreintes, Fers soudés, Compressions, Expansions: les quatre «grands gestes» de César surplombent les toits dans un espace très ouvert et vitré, avec une vue panoramique sur Paris.

«Je voulais que l’espace soit ouvert, car César n’a jamais fermé ses chantiers. Ces chantiers restaient ouverts: les empreintes, les compressions, les expansions, les fers soudés. Il s’est toujours autorisé à y revenir. Je voulais qu’il y ait une certaine transparence qui donne à comprendre aux gens qu'il a pu être simultanément l’homme d’une sculpture figurative et l'homme d’un langage complètement abstrait», explique Bernard Blistène, directeur du Musée national d’art moderne, qui occupe deux étages dans le Centre Georges Pompidou.
 
En arrivant dans le Paris de l’après-guerre, César n’a pas le sou. «C’est un enfant de la Belle de Mai, un quartier populaire de Marseille, lorsqu’il arrive dans Saint-Germain-des-Prés à l’école des Beaux-Arts, reprend Bernard Blistène. Comme il est sculpteur et avant tout sculpteur, il a la volonté de trouver par n’importe quel moyen de quoi réaliser ses œuvres. Il va dans les casses automobiles, il ramasse des tous petits bouts de fer. Au tout début, il réalise des pièces comme l’Esturgeon. Ce sont de petites tiges de fer qu’il soude. Ensuite, il choisit des petites plaques de métal avec l’idée de réaliser de plus grandes figures, comme en témoigne cette extraordinaire Victoire de Villetaneuse de 1965. Il avait fait un voyage à Pompéi. La matière qu’il recherche dans cette œuvre a quelque chose à voir avec les archaïsmes, les Vénus primitives

 
César, Esturgeon, 1954, fer forgé et soudé, 81 x 340 x 58 cm MNAM / Centre Pompidou, Paris. © SBJ / Adagp, Paris 2017/ Photo © Centre Pompidou, MNAM-CCI Georges Meguerditchian / Dist. RMN-GP

César, Esturgeon, 1954, fer forgé et soudé, 81 x 340 x 58 cm MNAM / Centre Pompidou, Paris. © SBJ / Adagp, Paris 2017/ Photo © Centre Pompidou, MNAM-CCI Georges Meguerditchian / Dist. RMN-GP

 

 

Un homme libre

L’espace permet de se promener entre ses Expansions et ses Compressions, les fameuses automobiles compressées à la casse disposées ici comme des colonnes, côte à côte. «César fait une critique de la société industrielle avec ironie. Ce n’est pas par hasard s’il compresse une Dauphine ou une Rolls!», détaille Bernard Blistène dont le travail sur cette exposition rassemble les premières et les dernières compressions, laquées aux couleurs d’un constructeur automobile pour la Suite milanaise.   
             
Pour Stéphanie Busuttil-Janssen, la rétrospective César au Centre Georges Pompidou — dont il rêvait de son vivant — est une formidable manière de rendre hommage à un artiste aux multiples facettes dont la force était de se réinventer: «Des gens auraient voulu le mettre dans des cases: l’homme des sculptures ou au contraire celui des compressions et des expansions. Au contraire, il a toujours eu cette liberté de se dire qu’il avait ouvert quatre chantiers, et qu’en permanence il revenait sur ses territoires pour les réinventer. Dans sa vie privée, c’est pareil. C’était un homme profondément libre


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