Ghost Hunting, un film pour exorciser les fantômes de la prison

© Courtesy Akka Films / 2017

© Courtesy Akka Films / 2017

 

Un beau jour, ou était tant de nuits? À Ramallah ou à la Moskobiya, centre d’interrogatoire israélien? Fiction ou réalité? Pour se confronter aux fantômes qui le hantent, le réalisateur palestinien Raed Andoni organise un casting de comédiens et de professionnels du bâtiment qui, comme lui, ont passé par la geôle israélienne la plus redoutée. Pour un film stupéfiant.
Ghost Hunting (Chasseur de fantôme).

 

Luisa Ballin
25 mai 2017

Le metteur en scène et ses acteurs ex prisonniers reconstituent le lieu où ils furent détenus, comme tant d’autres Palestiniens. Huis clos. Jeu de rôles. Tantôt de victime, tantôt de bourreau. Captivant. Troublant. Le septième art pour exorciser vingt-cinq ans d’inquiétude. Entre cauchemars permanents et fragments d’instants vécus qui ont marqué à jamais. Bruits de pas qui s’approchent. Crissement de portes métalliques qui s’ouvrent. Silence. Cris.

Raed Andoni se souvient pour ne pas oublier l’enfermement, la peur et la douleur. Pour mâter l’angoisse et se reconstruire après une expérience traumatisante. Par un film. Un double je. Celui d’un metteur en scène qui recrute des acteurs pour la pièce qu’il jouera avec eux. La pièce de leur vie d’hommes qui comme lui ont passés par les interrogatoires de la sinistre Moskobiya. Jouer, pour différencier le vrai de l’imaginaire. Récit. Questions générales et intimes. Nom. Prénom, Profession. Compétence. Expérience. Dans un univers carcéral que chacun des protagonistes recrée à sa manière, avec conviction, rage, humour. Pour se réapproprier une vie hors des barreaux et laisser éclater des émotions refoulées qui finissent parfois en disputes. Vite maîtrisées, dans cet environnement recréé qui paradoxalement donne parfois aux participants un étrange sentiment de sécurité.

 
© Courtesy Akka Films / 2017

© Courtesy Akka Films / 2017

 

Gros plans. Dessins. Mise en scène. Mise en images. Travail de mémoire. Ghost Hunting est un film envoûtant, dérangeant, surprenant, qui ne peut laisser indifférent. Un chef d’œuvre qui marque. Ses protagonistes, les spectateurs et les professionnels du cinéma. Comme Ken Loach, qui l’a défini un film d’une originalité surprenante. «C'est une reproduction extraordinaire de l'incarcération des Palestiniens par l'État d'Israël. La réalisation du film est mise à nu à travers la construction des cellules et la sélection des acteurs dont certains ont des histoires poignantes. À travers les souvenirs, les dessins et les reconstitutions, nous découvrons un film aussi brillant que horrifiant: la peur, la torture et le désespoir mais toujours avec une part d'humanité. En un clin d'œil, les rires se transforment en terreur. C'est un film audacieux et bouleversant, réalisé avec beaucoup de jugement cinématographique. Il laisse le public devant un défi: que faire face à tant de brutalité illégale? Un jour ou l'autre le monde devra se rendre compte de cette injustice cruelle. Raed Andoni, grâce à son talent et à son engagement, nous rapproche de ce jour.»

Produit par Palmyre Badinier et coproduit par Nicolas Wadimoff, Philippe Coeytaux et Raed Andoni, Ghost Hunting avait été présenté en première au Festival du Film et Forum International sur les Droits humains (FIFDH) après avoir obtenu le Prix du Meilleur documentaire à la Berlinale 2017. 


 

 

Au cinéma
dès le 14 juin 2017

Genève, Cinémas du Grütli

Lausanne, Cinéma Bellevaux

Neuchâtel, Cinéma Minimum,
puis dans les autres villes

 

Projections spéciales en présence de Raed Andoni

12 juin 20h00: Cinéma Bellevaux, Lausanne

13 juin 20h15: Cinéma ABC La Chaux-de-Fonds

14 juin 20h00: Cinémas du Grütli, Genève

16 juin 18h15: Cinéma Rex, Fribourg