Gus Van Sant, au-delà du cinéma indépendant

© La Cité / Décembre 2017

© La Cité / Décembre 2017

 

Le Musée de l’Élysée de Lausanne propose une rétrospective hors du commun du réalisateur étasunien*. À visiter jusqu’au 7 janvier 2018.

 

Ekatérina Soldatova

6 décembre 2018 — Si Gus Van Sant est parvenu à se forger une renommée, c’est en rompant avec les codes de l’industrie hollywoodienne, malgré quelques retours dans les Studios. Ce désir d’affranchissement artistique inscrit le cinéaste dans le contexte du cinéma américain indépendant des années 1980. Ses films dévoilent une Amérique marginale où la prostitution, la drogue et la solitude sont omniprésentes.

À travers son exploration d’une côte Ouest en marge, le cinéaste revisite les westerns et les road movies de la culture américaine: immensité de l’espace, routes infinies et errances perpétuelles que Gus Van Sant retravaille d’une façon hyperréaliste.

Les problèmes sociaux de l’époque font aussi surface: addiction, minorités raciales ou sexuelles sont des sujets qui ne sont pas passés sous silence. Le rapport à l’origine et à l’abandon font également partie des thèmes récurrents.

Gus Van Sant a construit un réseau de références complexe, mêlé à un goût pour la stylisation visuelle contemporaine. Au-delà d’une envie de nouveauté et de liberté, le cinéaste a aussi touché aux confins de l’expérimental dont le film Psycho, remake du célèbre film d’Alfred Hitchcock, est particulièrement révélateur.

Un parcours riche en métamorphoses qui ne se limite d’ailleurs pas à la cinématographie. Avant le cinéma, Gus Van Sant s’est dédié à la photographie. Plus qu’une fascination pour l’esthétique, son travail témoigne d’un vif intérêt pour l’être humain et ce qui émane de lui. Un cliché, c’est avant tout une rencontre, une source d’inspiration. Puis vient le travail sur les effets de lumière et la composition. Le cinéaste expérimente aussi la peinture qui lui permet de métaphoriser son vécu.

La musique de cinéma occupe également une place importante dans la vie de l’artiste et constitue un intermédiaire entre la réalité et l’expérience intérieure. La polyvalence artistique de Gus Van Sant nous révèle ainsi sa force créatrice.


* Réalisée par la Cinémathèque française avec la collaboration du Musée National de cinéma de Turin, du Musée de l’Élysée et de la Cinémathèque suisse.