Le carnet, tout un art

Image tirée d'un Carnet de Shannon Guerrico © Deborah Legivre

Image tirée d'un Carnet de Shannon Guerrico © Deborah Legivre

 

Pour la deuxième année consécutive, la Halle Nord à Genève expose quelques 227 carnets d’artistes jusqu’au 19 août 2017. Cette fois, la sélection s’est étendue au-delà de Genève avec la contribution de personnalités amies et la participation d’artistes résidant dans toute la Suisse, en France, en Belgique et aux USA. Les visiteurs ne s’en lassent pas.

 

Ekatérina Soldatova
21 juillet 2017

Quelles sont les sources d’inspiration d’un artiste? Quel est son processus créatif? Chaque carnet constitue une nouvelle ouverture sur le monde et sur l’intimité de son auteur. Chaque page est vivante. Ainsi, le carnet ne se réduit plus à une simple entité matérielle et devient une œuvre à part entière dans laquelle le travail manuel et intellectuel sont en symbiose. Les mots et les images suivent la pensée créatrice en cours. Aux antipodes du cahier d’écolier, dans celui de l’artiste, tout est permis: collages, recyclage, gribouillage et subversion à volonté.

 
Image tirée d'un Carnet deJean-Charles Vignal © Deborah Legivre

Image tirée d'un Carnet deJean-Charles Vignal © Deborah Legivre

 

Mais un carnet d’artiste, c’est aussi une recherche sur un sujet qui rassemble des éléments très techniques. Il sert fréquemment à organiser la pensée ou à laisser une trace des idées passées qui peuvent servir à un projet actuel. Pour cette raison, certains carnets sont par exemple être consacrés à une étude sur les arbres, à «ses formes, ses textures, ses apparences évocatrices et ses diversités», affirme Deyrmon, peintre-graveur et photographe qui travaille principalement autour des thèmes liés à la nature, l’un des artistes qui expose ses œuvres à la Halle Nord.

Le carnet est également un compagnon de voyage idéal, voire indispensable, car l’artiste puise son inspiration partout, que ce soit dans la rue de sa propre ville ou dans des contrées plus éloignées comme la Norvège, l’île de Pâques ou le Japon. Dans ce cas-là, le cahier reflète l’exotisme du voyage, souvent à travers des aquarelles de paysages aux couleurs vives et une multitude de croquis. Plus qu’un souvenir, le cahier devient une source d’inspiration inépuisable.

 
Image tirée d'un Carnet deHenry Deletra © Deborah Legivre

Image tirée d'un Carnet deHenry Deletra © Deborah Legivre

 

En même temps que les Carnets, l’exposition présente une coédition de cahiers d’artistes réalisée par les éditions Sales du Centre genevois de gravure contemporaine. Huit dossiers d’artistes ont été sélectionnés suite à un concours. La tâche de chaque artiste choisi a ensuite consisté à réaliser un cahier d’une seule couleur. Les artistes exposés à la Halle Nord nous montrent de la sorte que, même avec une contrainte, la créativité ne connaît pas de limites.

«Le carnet, c’est pour moi le moyen de mettre en œuvre une ligne d’idées et d’actions qui se constitue avec le temps. J’ai jusqu’à présent utilisé cet objet page après page. Je trouve important d’archiver certaines actions, mais aussi de ne pas le faire. Le donner à voir a été pour moi une grande question. J’ai décidé de les montrer pour les sortir de cette continuité et voir ce qui se produit», explique l’artiste Benjamin Hartmann, étudiant en section arts visuels de la Haute école d’art et de design (HEAD) de Genève. Il expose également à la Halle Nord.

 
Image tirée d'un Carnet dePaul Brunet © Deborah Legivre

Image tirée d'un Carnet dePaul Brunet © Deborah Legivre

 

«Je possède une trentaine de carnets de différents formats, ils ont été réalisés pour la plupart durant des séjours en dehors de chez moi et font office de carnets de voyages ou carnets de notes et prises de croquis. Les dessins font figure intégrante du processus de création, tant ils répondent à un besoin urgent de s'approprier les formes, les matières ou les lumières qui nous entourent. Pour moi, cela fait partie à la fois de "gammes d'apprentissage" et du plaisir du dessin à l'état pur. Les dessins réalisés dans ces carnets le sont souvent dans des conditions bien différentes que celles vécues en atelier, ce qui leur confère une valeur particulière tant ils permettent de retrouver des odeurs, des ambiances et des conditions de travail parfois complexes au moment où ils ont été griffonnés», conclut Deyrmon.