N'Dongo revient. Ca pique et ça fait du bien!

 © Marc Vanappelghem

© Marc Vanappelghem

Le metteur en scène Dominique Ziegler reprend sa pièce fétiche à Genève.

Publié le 15 juin 2016


Par Luisa Ballin

La Françafrique. Soixante ans de mystères et de turpitudes. N’Dongo revient pour rappeler tout ce que nous aurions toujours voulu savoir sur les relations entre le président d’une république francophone et le président d’un Etat africain sans jamais oser le demander. Dominique Ziegler a osé. Il lève le rideau en reprenant la pièce qui lui a donné ses lettres de noblesse théâtrale. Pour trois représentations, du 17 au 19 juin au théâtre du Grütli à Genève, dans le cadre du Festival PLEIN TUBE.

Nous avions laissé Dominique Ziegler en compagnie de Calvin en avril (cliquez ici), nous le retrouvons en juin, pour un face-à-face décapant entre Alain Blanc, président d’une grande démocratie francophone, et Mamadou N’Dongo, président d’un Etat africain. Deux personnages hauts en couleurs, tour à tour amis, ennemis et à nouveau réunis, real politik, raison d’Etat et intérêts économique obligent !

Le metteur en scène genevois reçoit La Cité dans le backstage du Grütli, entre deux répétitions. Souvenirs de jeunesse et de genèse de la pièce qui l’a lancé sur les planches. « N’Dongo revient pour les trente ans de l’Ecole de Théâtre Serge Martin, que David Valère, l’acteur qui jouait N’Dongo, et moi avions créée en sortant de l’école. Avec très peu de moyens. Deux mille francs exactement et un sous-sol d’auberge pour lieu de création ».

Pièce politique, qui parle de la France et de l’Afrique sur un mode satirique, sarcastique et caustique, N’Dongo revient représentait tout ce qui ne correspondait pas aux canons du théâtre contemporain, qui n’était pas féru d’humour et encore moins de prises de positions politique à l’époque, se remémore Dominique Ziegler. Lors de sa création à Genève, en février 2002, la pièce fera un tabac et grincer certaines dents. Simple à monter, elle est emblématique du théâtre que le metteur en scène genevois affectionne, tout comme son compère David Valère, qui a monté un monologue d’après Aymé Césaire, évoquant également le thème du colonialisme.

 © Marc Vanappelghem

© Marc Vanappelghem

Pour fêter ses trente années de plénitude, l’Ecole de Théâtre Serge Martin a demandé à Dominique Ziegler de remonter un spectacle. Il a choisi N’Dongo revient. Bien lui en a pris. La pièce n’a pas pris une rature. Dire qu’elle a porté chance à son auteur est un euphémisme. De Genève à Paris, elle a surpris, séduit et conquis. « Nous sommes passés du sous-sol d’une auberge, off  du off, à un théâtre privé parisien. Nous devions y jouer trois semaine et nous avons finalement joué neuf semaines ».

Neuf semaines de très bons échos tant du public que de la critique. N’Dongo revient enchaîne les succès : Théâtre de la Grenade, Théâtre de Carouge, salle de spectacle à Lausanne, à Paris ou Annecy, Dominique Ziegler fait mouche et N’Dongo fait salle comble. « Les gens ont adhéré à la forme humoristico-politique de la pièce et au contenu qui me tenait à cœur: le thème du soutien des grandes puissances aux dictatures africaines a été bien reçu. A Paris, de nombreux réfugiés africains ont vu la pièce. Ils ont été nombreux à me dire qu’elle illustrait ce qu’ils vivaient chez eux. Ils étaient heureux que l’on parle de certaines situations. Cela a touché beaucoup de gens, à plusieurs niveaux », explique l’homme de théâtre.

Les réfugiés et exilés n’ont d’ailleurs pas été les seuls à apprécier N’Dongo. «La fille de Bokassa est venue voir la pièce et elle continue de nous faire de la publicité sur Facebook! C’est un grand mystère. Je me pose la question du pourquoi de cet engouement car, si une grande partie du public à Paris était constitué d’opposants aux dictatures, il y avait aussi des spectateurs issus des classes dominantes africaines et autres pontes. Nous pensions que le propos allait leur déplaire, mais le fait d’illustrer une prédominance de la puissance occidentale derrière cette perduration de dictatures africaines et le constat que Bokassa et d’autres ont été lâchés comme de vulgaires sous-fifres quant ils ont cessé d’être utiles peut expliquer ce désir ou besoin de voir cette réalité dévoilée. Car même si nous montrons le dictateur africain comme un tyran au service de l’Occident, une sorte de justice interne est rendue à travers le rapport que nous rendons visible dans la pièce ».

N’Dongo revient pour dénoncer qui tire les ficelles dans l’ombre et mettre en lumière chantage, sexe et rapports mafieux. La pièce alterne moments de complicité complaisante et opposition tonitruante entre les deux protagonistes, comme dans tout rapport trouble délictueux. Caustique, épique.

« Nous n’avons rien changé à la pièce que nous avions créée à l’époque, à part le noms de Barak Obama à la place de celui de Georges Bush, lorsque la pièce fait référence aux Américains », précise Dominique Ziegler. « Il y a toujours des dictateurs en Afrique. Ce qui a changé, c’est que nous sommes passés des pères aux fils de dictateurs. Les dauphins sont désormais au pouvoir. Certes, quelques dinosaures politiques tels que Denis Sassou Nguesso subsistent, mais le rapport que nous traitons dans la pièce est toujours d’actualité. N’Dongo revient se focalise sur la Françafrique, qui est le rapport le plus emblématique entre présidents français et dictateurs africains, mais cette situation peut être élargie à toutes les situations postcoloniales. Le propos de la pièce est extensible. Malheureusement ! Des amis latino-américains m’ont dit que nous pourrions très bien refaire cette pièce en mettant aux prises un satrape sud-américain et un président nord-américain ».

Disposant de peu de moyens à l’époque, Dominique Ziegler avait opté pour une mise en scène sobre, tout comme aujourd’hui. Pas d’effet de manche ni d’effets spéciaux. Le metteur en scène a misé sur la simplicité, « en mode Karl Valentin cabaret », explique-t-il. « Deux personnages sur scène. Et de la tension entre ces deux personnes nait la dynamique de la pièce. J’y suis attaché, comme l’atteste ma dernière pièce La route du Levant, créée à Genève en janvier dernier (cliquez ici). « Quand les objectifs des personnages sont clairs, on peut imaginer des interactions qui donnent, je l’espère, un rythme captivant pour le public ».

Guerres, retour de valises à billets, mafias pétrolières, N’Dongo continue de piquer à vif, depuis sa création et après plus de deux cents représentations. « La pièce pourra être jouée encore longtemps », estime Dominique Ziegler, qui regrette qu’elle n’ait été vue qu’une fois en Afrique, au Congo Kinshasa, grâce à l’enthousiasme d’une troupe locale.

Si le metteur en scène genevois ne désespère pas de monter un jour N’Dongo revient sur le continent africain, il continue de créer de nouvelles œuvres, tout en faisant tourner ses pièces que le public peut voir ou découvrir dans différentes salles genevoises ces prochains mois.


N'Dongo revient
de Dominique Ziegler, du 17 au 19 juin 2016, à 20h30, au Théâtre du Grütli à Genève.
Avec David Valère et Daniel Vouillamoz.
Réservation : 079 724 61 32
ou reservation@pleintube.ch  

Ombres sur Molière
du 31 janvier 12 mars 2017,
au Théâtre de Carouge,
puis en tournée jusqu'au 6 avril 2017

http://tcag.ch/saison/piece/ombres-sur-moliere/33/

La Route du Levant
au Théâtre Alchimic
du 25 mai au 15 juin 2017  

http://www.dominiqueziegler.com/la-route-du-levant-2/

Calvin, un monologue
à la Chapelle St-Léger
du 1 au 31 mai 2017

http://www.dominiqueziegler.com/calvin-un-monologue/

Luisa Ballin