À Rabat, l’«Afrique en capitale»

Exposition Présence commune © Courtesy Wahib Chehata / 2017

Exposition Présence commune © Courtesy Wahib Chehata / 2017

 

La capitale marocaine vit à l’heure africaine jusqu’au 28 avril. Nombre de ses espaces permettent de découvrir la vitalité d’artistes venus d’une trentaine de pays d’Afrique qui font honneur à ce continent dont le dynamisme culturel est indéniable. Le Musée Mohammed VI d’Art moderne et contemporain (MMVI) propose par exemple un très original Regard sur l’Afrique et une Présence commune à ne pas manquer.

 

Luisa Ballin
18 avril 2017

Si Rabat peut sembler moins envoûtante que Marrakech ou moins saisissante que Fès, elle mérite assurément une escale non seulement pour la douceur de son climat et son parcours de découvertes face à la mer, sa kasbah des Oudaya et sa magnifique Villa des Arts, mais également pour son Musée d’Art moderne et contemporain qui attire d’emblée le regard, grâce notamment à une voiture aux couleurs flamboyantes posée sur l’une des façades de ce bâtiment de style andalou à la blancheur étincelante, construit en 2014 par l’architecte Karim Chakor et son équipe. Pablo Picasso y fera une entrée dans quelques jours, mais pour l’heure, les plasticiens africains sont à l’honneur.

En pénétrant dans ce lieu lumineux, première institution muséale au Maroc à se consacrer à l’art moderne et contemporain, les visiteurs découvrent une salle dédiée à trois artistes décédés en 2016: Malek Sidibé, Othman Dilami et Leila Alaoui, tuée lors de l’attentat qui a eu lieu à Ouagadougou (Burkina Faso) en janvier 2016. En guise d’hommage, quelques-uns de ses magnifiques portraits tirés de la série Les Marocains font écho aux mots de Marcel Proust: «La photographie est l’art de montrer de combien d’instants éphémères la vie est faite.» 

En descendant au garage, espace sobrement aménagé, destiné aux accrochages d’un art dit pionnier, les visages immortalisés par Wahib Chehata sont stupéfiants, tant ils évoquent les œuvres du peintre Michelangelo Merisi da Caravaggio, dit le Caravage, dont le photographe tunisien se dit habité. Ces portraits d’hommes et de femmes, magnifiés par une touche clair-obscur que n’aurait pas reniée l’un des peintres les plus emblématiques de l’histoire de l’art, le photographe les a construits comme des toiles de maître, invoquant les acteurs d’une nouvelle mythologie associant «les aubes primordiales aux fracas apocalyptiques». Wahib Chehata, qui a élu domicile au Mali depuis 2014, confronte les images devenues des références de l’histoire de l’art avec une civilisation africaine des plus brillantes.

 
Exposition Présence commune © FNM / 2017

Exposition Présence commune © FNM / 2017

 

Autres œuvres à voir dans ce garage artistique insolite, les tableaux de Kouka Ntadi, magicien franco-congolais des pinceaux, qui fut précédemment acteur du mouvement hip-hop. S’affirmant avec un travail sur le portrait et le texte, sa peinture questionne identité et dualité. Kouka cultive les mystères de l’homme universel, sur toiles comme dans la rue, et propose une rétrospective de ses quatre dernières années picturales sur le guerrier bantou, symbole de sa quête de liberté et d’identité. Après avoir présenté son installation Le guerrier de la république à la biennale de Dakar sur l’île de Goré en 2016, Kouka Ntadi a érigé son fier héro sur le parvis du MMVI, entouré de palmiers.

Soutenus par la Fondation Montresso, Wahib Chehata et Kouka Ntadi sont par ailleurs les hôtes réguliers de la résidence d’artistes Jardin Rouge à Marrakech, où plasticiennes et plasticiens sont invités à mener à bien leurs projets et à engager des conversations artistiques.

Après la visite en sous-sol où, seul bémol, les œuvres sont faiblement éclairées, découverte à l’étage d’Un regard sur l’Afrique, accrochage qui fait la part belle à une scène artistique africaine contemporaine foisonnante, méconnue du grand public mais très courtisée par les marchands d’art, toujours avides de dénicher des nouveautés pour un marché devenu l’une des valeurs refuges à l’ère de la mondialisation de l’économie.

Les tableaux, sculptures, objets de design et autres installations nés du talent de créateurs et créatrices venus d’un continent en plein essor artistique, rassemblés grâce à la passion d’un collectionneur privé, sont d’une belle diversité et apportent un souffle vivifiant qui s’inscrit parfaitement dans l’offre culturelle universelle.

 
Exposition Un regard sur l’Afrique © Courtesy FNM / 2017

Exposition Un regard sur l’Afrique © Courtesy FNM / 2017

 

Expositions tous arts confondus, cinéma, conférences, débats, concerts, contes, joyaux du patrimoine et murs qui murmurent consentent à Rabat de vibrer à l’unisson de ce que l’Afrique propose de plus novateur sur le plan culturel, en ce printemps prometteur. La capitale du Maroc, pays qui n’a jamais renié sa culture riche de composantes multiples: arabe, africaine, berbère et juive, a également inscrit des actions artistiques dans l’espace public, hors les murs, à travers la réalisation de fresques à ciel ouvert. La ville figure d’ailleurs dans le circuit mondial des villes Street friendly selon le site Artsy, aux côtés de Los Angeles, Buenos Aires, Lisbonne, Hong Kong et Melbourne.

«L’Afrique est à présent à la pointe de la création mondiale et elle a beaucoup à apporter au monde de l’art et de la culture, avec la force de ses racines, la puissance de sa ressource humaine, sa jeunesse, avec cette profusion de rythmes et de couleurs qui a toujours fait la beauté de son art», écrit Mahdi Qotbi, président de la Fondation nationale des musées marocains (FNM), en préambule du catalogue, édité en français et en arabe, présentant cet événement unique qu’est L’Afrique en capitale.

 
Exposition Un regard sur l’Afrique © Courtesy FNM / 2017

Exposition Un regard sur l’Afrique © Courtesy FNM / 2017

 

Programme complet dans le catalogue Rabat. L’Afrique en capitale et sur le site de la FNM (cliquez ici)

Ce reportage a été rendu possible grâce à l’invitation de la Royal Air Maroc et de l’Office national marocain du Tourisme