L’hiver de l’imprimerie suisse

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Le Groupe Saint-Paul ferme son centre d’impression à Fribourg. Le dernier d’une longue liste.

 

Fabio Lo Verso
7 février 2013

Après les tourments infligés par le recul des recettes publicitaires, les journaux suisses sont bousculés par le secteur de l’imprimerie. Le 30 janvier dernier, le Groupe Saint-Paul a annoncé qu’il va devoir renoncer, fin 2014, à la rotative qui imprime La Liberté, La Gruyère, Le Messager et les Freiburger Nachrichten. C’est par ce dernier titre, au capital duquel participent des industriels singinois, que le «malheur» est arrivé. Accablé par des coûts de production qu’il considère comme «intenables», le quotidien quitte Fribourg et va se faire imprimer par Tamedia, avec à la clé une économie de quelque 38% sur la facture de production.

Pour sa part, sans l’apport des Freiburger Nachrichten, le centre d’impression de Saint-Paul ne peut plus assurer sa viabilité. Il doit se résoudre à arrêter ses activités. Une cinquantaine d’employés seront touchés. «Une page se tourne, porteuse d’inquiétude pour l’identité médiatique du canton», analyse le journaliste Christian Campiche sur le site de La Méduse.

 

CENTRE DE GRAVITÉ ZURICHOIS

Le contrôle des imprimeries, c’est désormais le nerf de la guerre. Dans laquelle Tamedia fait figure d’ogre. Ses rotatives zurichoises, à Bubenberg, ont récemment attiré comme un aimant le Bieler Tagblatt et le Journal du Jura ainsi que la vénérable Basler Zeitung, après la décision de Christoph Blocher, en décembre dernier, de fermer l’imprimerie bâloise du groupe BaZ au 31 mars prochain. Les concurrents Ringier et NZZ semblent, eux, en perte de vitesse face à Tamedia. L’an dernier, ils se sont désengagés de l’imprimerie Swissprinters de Renens, laissant sur le carreau des dizaines d’employés, et ont rapatrié leurs activités dans la région zurichoise.

Début novembre, les salariés licenciés de l’entreprise ont fait le déplacement à Zurich pour protester contre un plan social qu’ils jugent insuffisant. Si l’année 2012 a été chahutée pour le secteur de l’impression, l’hiver 2013 s’annonce plutôt froid. La nouvelle fribourgeoise a en tout cas glacé les esprits. Bastion emblématique de l’indépendance de la presse romande, Fribourg grelotte, ses autorités exprimant une certaine inquiétude quant au maintien, à terme, d’une presse d’information démocratique de qualité dans le canton. Titre phare de la région, La Liberté va-t-il suivre les Freiburger Nachrichten et passer sous les rotatives de Tamedia?

Lors d’une rencontre publique organisée par La Cité à Fribourg, Louis Ruffieux, rédacteur en chef de La Liberté, rappelait que pour «la première fois de son histoire, le journal n’avait pas remplacé le personnel parti à la retraite ou à la recherche de nouveaux défis». Grâce à une structure actionnariale peu gourmande (les Sœurs de Saint-Paul n’ayant quasiment pas de besoins financiers), le quotidien fribourgeois avait réussi à surmonter sans trop de dégâts la vague de 2008, qui avait affaibli nombre de rédactions. Tous les yeux sont désormais tournés vers lui.

 
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