Allemagne: des objectifs climatiques hors d’atteinte

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«Nous trouverons des moyens d’atteindre nos objectifs climatiques pour 2020», assurait Angela Merkel pendant sa campagne. Mais le ministère de l’environnement vient de contredire les promesses de la Chancelière.

 

Déborah Berlioz
Correspondante à Berlin

18 octobre 2017 — Cela fait des années que différents experts tirent la sonnette d’alarme. Sans des mesures plus drastiques, l’Allemagne n’atteindra pas ses objectifs climatiques. Il faut dire qu’ils sont ambitieux. En 2007, Berlin a décidé que les émissions de CO2 du pays devaient diminuer de 40% en 2020, par rapport à leur niveau de 1990. Au sein de l’Union européenne, l’objectif est de 20%.

Selon un rapport divulgué par la Süddeutsche Zeitung, le 11 octobre dernier, les experts gouvernementaux affirment que, sans correction, la réduction à la date prévue ne sera que de 32,5%, au pire de 31,7%. «Un tel manquement serait un grave revers pour la politique climatique allemande», s’alarment les auteurs de la note.

En 2016, l’Allemagne a rejeté en gaz à effets de serre l’équivalent de 906 millions de tonnes de CO2, soit quatre millions de plus que l’année précédente. Pour respecter le but fixé, les émissions devraient descendre à 751 millions en 2020 — mais Berlin ne veut pas s’arrêter là — et diminuer de 55% d’ici à 2030 et de 70% en 2040.

 

Un pétrole trop bon marché

Le fossé entre objectifs et réalité viendrait «d’une série d’erreurs d’appréciation du développement économique», analyse la Süddeutsche Zeitung. La population et l’économie croissantes consomment de l’énergie, les voitures et les camions davantage d’essence et de diesel. Les prix du brut devenant de plus en plus abordables, la part de pétrole utilisé pour chauffer les bâtiments a dépassé celle du gaz. Or le premier produit plus de CO2 que le second.

Certes, les énergies renouvelables se sont développées à un rythme record et représentent aujourd’hui plus de 32% de la production électrique. Mais le charbon reste prédominant, se taillant une part de 40,3% en 2016, dont une grande quantité est toutefois destinée à l’export.

En 2015, le gouvernement avait pourtant décidé l’arrêt de vieilles centrales alimentées au lignite, une variété de charbon particulièrement polluante. D’ici 2019, huit unités de production devraient être retirées du réseau électrique. Avec cette mesure, le gouvernement vise une réduction de 11 à 12,5 tonnes de CO2 à l’horizon 2020.

 

«Adieu au charbon»

Mais ce n’est pas suffisant. «Sans une sortie du charbon, l’objectif de 2020 ne sera jamais atteignable», prévient Andreas Kuhlamnn, le chef de l’Agence de l’énergie allemande dans les colonnes de la Süddeutsche Zeitung. En septembre dernier, le Conseil d’experts pour les questions environnementales auprès du gouvernement (SRU) recommandait d’arrêter la moitié des centrales à charbon d’ici à 2020. Selon eux, la dernière d’entre elles pourrait quitter le réseau en 2035.

Le rapport du ministère de l’environnement va apporter de l’eau au moulin des Verts dans les négociations en vue de former le premier gouvernement fédéral conservateur-libéral-écologiste. Parmi leurs revendications de campagne figure la fermeture immédiate des vingt centrales à charbon les plus polluantes, ainsi qu’une sortie de cette énergie polluante d’ici 2030. Des mesures auxquelles les libéraux du FDP, pressentis pour former une coalition avec la CDU d’Angela Merkel et les Verts, se sont montrés farouchement opposés jusqu’à maintenant.