Les têtes continuent de tomber dans l’affaire Petrobras

Avant que le scandale éclate, le siège de Petrobras à Rio de Janeiro ressemblait à un havre de paix. © Charlotte Julie / Archives

Avant que le scandale éclate, le siège de Petrobras à Rio de Janeiro ressemblait à un havre de paix. © Charlotte Julie / Archives

 

La justice brésilienne vient de condamner Pedro Augusto Cortes Xavier Bastos. Cet ancien directeur de la division internationale de Petrobras utilisait la défunte BSI de Zurich pour cacher l’argent de la corruption. L’homme est le huitième haut cadre de la société pétrolière à écoper d’une peine de prison.

 

Federico Franchini

6 novembre 2017 — Le verdict est tombé le 31 octobre dernier. Pedro Augusto Cortes Xavier Bastos, ex-directeur de la division internationale de la société brésilienne Petrobras, a été condamné à onze ans et dix mois de prison pour corruption et blanchiment d’argent.

Il avait touché, entre 2011 et 2013, divers pots-de-vin pour un montant total de 4,8 millions de dollars. Les sommes ont transité sur un compte ouvert à la BSI de Zurich au nom de la société offshore Sanfield Consulting, dont Bastos était le bénéficiaire. Souvenez-vous, la FINMA, le gendarme suisse du marché financier, avait blâmé le comportement fautif de la BSI dans le scandale Petrobras (lire ici).

Pedro Augusto Cortes Xavier Bastos est le huitième haut cadre condamné dans cette affaire, considérée comme le plus grand détournement financier de l’histoire.

À noter que le système de pots-de-vin mis au jour par la justice était, avant tout, conçu pour alimenter les comptes de l’ex-président du Congrès des députés du Brésil, Eduardo Cunha, le grand stratège de la procédure de destitution de la présidente Dilma Rousseff (lire notre enquête).

Pour sa part, Pedro Augusto Cortes Xavier Bastos en a largement profité. La justice brésilienne a levé un gros voile sur l’enchaînement des transactions. Pour les enquêteurs, la source de ces versements réside dans la «concession pétrolière» rachetée par Petrobras au Bénin pour 34,5 millions de dollars. Un montant que la société étatique brésilienne avait directement versé en 2011 à la Compagnie béninoise des hydrocarbures, chargée de l’attribution des concessions pétrolières.

Selon les documents que La Cité a pu se procurer, de ces 34,5 millions de dollars, 31 millions sont transférés sur un compte, ouvert à la BSI de Zurich, par Lusitania Petroleum, une société basée aux Îles Vierges Britanniques qui contrôle la Compagnie béninoise des hydrocarbures.

De ce même compte, 10 millions de dollars partent en direction d’un compte détenu par Acona International, une société basée aux Seychelles contrôlée par l’homme politique brésilien José Augusto Rezende Henriques. Arrêté en 2015 et condamné à sept ans de prison, ce dernier était le conseiller et confident d’Eduardo Cunha.

De ce compte, l’argent est enfin viré sur un autre compte, toujours à la BSI de Zurich, au nom de Sanfield Consulting, en faveur de son titulaire Pedro Augusto Cortes Xavier Bastos. La boucle est bouclée.

La transaction de trop, celle qui a mis la puce à l’oreille de la justice, est issue de ce même compte d’Acona International: 1,3 million de francs suisses sont transférés à Eduardo Cunha, dans le compte que celui-ci détenait à la banque Julius Bär à Genève. Or, cet établissement a décidé de signaler aux autorités suisses cette transaction qu’il considérait comme suspecte.

De ce signalement est partie l’enquête du Ministère public de la Confédération contre Eduardo Cuhna pour blanchiment et corruption passive. La procédure a été ensuite transférée au Brésil, où l’ex-président de la Chambre des députés a été condamné, en mars dernier, à plus de quinze ans de prison. Sept mois avant que la foudre s’abatte sur Pedro Augusto Cortes Xavier Bastos.

 
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