Andreotti a été mafieux!

 

 

 

Fabio Lo Verso
31 mai 2013

Au plus fort de la propagande médiatique réécrivant les conclusions du procès de Giulio Andreotti pour complicité d’association mafieuse, Gian Carlo Caselli, ex-procureur de Palerme, s’est senti obligé de sortir de sa réserve: Ma Andreotti è stato un mafioso! (Andreotti a été mafieux!). La précision du magistrat, qui avait joué un rôle clé dans la procédure, avait été publiée en une du quotidien national La Stampa.

C’était en automne 2004. Le public italien, submergé par un flot de désinformation à jet continu, assistait à l’un des plus énormes mensonges jamais colporté dans l’histoire de l’information: l’acquittement d’Andreotti. La justice était, elle, parvenue à une conclusion de culpabilité avérée et définitive. L’ex-premier ministre a bel et bien entretenu, durant plus de dix ans au moins, des liens fructueux avec la mafia sicilienne, mais il est sauvé par la prescription. Gian Carlo Caselli tente de rétablir cette vérité. Mais le mal est fait.

En 2004, le champ médiatique est dominé par un certain Silvio Berlusconi, qui tient également les rênes du gouvernement italien. Sous son règne, l’action de l’Etat a été plutôt clémente envers le phénomène mafieux, «une réalité avec laquelle il faut apprendre à cohabiter», affirmera son ministre des Transports de l’époque.

Les liens indirects du Cavaliere avec cosa nostra ont émergé dans une dizaine de procès, particulièrement dans celui contre son bras droit historique, le sénateur Marcello Dell’Utri, créateur de Forza Italia, le parti qui a propulsé Berlusconi dans l’orbite du pouvoir politique. Reconnu coupable de complicité avec la mafia, Dell’Utri pourrait, lui aussi, être sauvé par la prescription.

Gageons que, dans un pays où l’information se déforme plus qu’elle ne se réforme, les médias entonneront à l’envi le refrain de l’acquittement, au mépris de la vérité des faits. L’efficacité de la méthode dépasse les frontières, et elle marche à merveille. Neuf ans plus tard, la légende de l’acquittement d’Andreotti est encore bien incrustée dans les rédactions suisses.

Mais l’essentiel est ailleurs. Oublier ou passer sous silence la complicité d’un Andreotti avec la mafia trahit probablement la peur de regarder en face l’étendue du cancer. En Italie, les ramifications mafieuses dans la politique dépassent l’entendement. Au point de paralyser les esprits?

Les investigations sur la «trattativa», la négociation entre l’État et cosa nostra au début des années 1990, touchent aujourd’hui le sommet de la pyramide. Le fils d’un ancien maire de Palerme proche du clan Andreotti affirme que Forza Italia était le fruit d’un pacte avec la mafia, et que Dell’Utri en était le médiateur. Il fonde ses déclarations sur les confidences de son père. Le dernier legs de l’héritage d’Andreotti.

 

Paru dans l’édition du 31 mai 2013