Le populisme n’existe pas!

 

 

Jean-Noël Cuénod
18 juin 2014

Populisme. Jamais mot ne fut plus utilisé durant la campagne des élections européennes. Médiacrates psitacistes et politiciens polymorphes l’ont mis à toutes les sauces: vertes, brunes, rouges, noires, bleues (marines). On se serait cru dans Le Malade Imaginaire, lorsque Toinette déguisée en médecin entonne sa fameuse tirade du poumon («le poumon, le poumon, vous dis-je!»).

La gérante de l’épicerie familiale Le Pen: «populiste!» Le peroxydé batave Geert Wilders: «populiste!» Et même le tribun de la tribu «gauchegauche » Mélenchon: «populiste, populiste, vous dis-je!» Populisme est un terme vague, vaseux, paresseux qui ne signifie rien et occulte les véritables appartenances idéologiques de ceux sur lesquels cette étiquette est collée.

D’où vient-il ce mot? Sous sa terminologie russe narodnichestvo, il apparaît pour la première fois dans l’Empire du Tsar dès 1850-1860 pour qualifier un mouvement socialiste de type rural. Dans les années 1920, le populisme se rapporte à un mouvement littéraire français né dans les milieux de gauche, afin de promouvoir une écriture basée sur la description des conditions de vie des plus pauvres, en dehors de toutes considérations esthétisantes ou psychologisantes. Pourquoi donc utiliser ce terme dans un contexte qui n’a rien à voir avec ses origines? Les populistes seraient-ils appelés ainsi parce qu’ils s’adressent au peuple?

C’est oublier que ces partis dits «populistes» ne s’adressent pas au peuple. Ils se contentent de flatter en nous, qui faisons partie de ce peuple, les instincts les plus vils et d’attiser ces haines mal recuites que tous nous portons, ce qui est plus payant à court terme que d’en appeler à la raison. Comme le disait Talleyrand, le but est «d’agiter le peuple avant de s’en servir.» La langue française dispose d’un terme beaucoup plus précis pour qualifier ceux qui flattent le peuple pour le soumettre à leurs intérêts, à savoir le mot «démagogue».

Mais user du mot précis contraint son utilisateur à aiguiser son propos et le force à appeler un chat, un chat. Or, il ne faut surtout pas nommer les choses de façon pointue dans la novlangue médiatique. Allons au plus vite en évitant ces sujets qui fâchent. «Populiste, ça ne mange pas de pain; c’est même plutôt sympa, non?» Et c’est ainsi que cette novlangue banalise des opinions indignes.

Les mots ne sont jamais innocents. Comment qualifier ces partis de la démagogie? De néofascistes? Si l’on prend la définition classique: exaltation du racisme, du militarisme et du nationalisme, volonté d’abattre la démocratie et emploi de milices, la plupart d’entre eux ne répondent pas à la totalité de ces critères, à part les Grecs du mouvement «Aube Dorée» qui se réfère explicitement au nazisme et, dans une certaine mesure, le Jobbik hongrois avec sa milice paramilitaire la nouvelle Magyar Gárda.

Ce qui les caractérise, c’est le nationalisme, c’est-à-dire l’exaltation de son pays en rejetant ce qui est autre. A ne pas confondre avec le patriotisme qui caractérise l’affection que l’on porte à son pays sans pour autant rejeter l’étranger. Mais ce nationalisme est tout sauf univoque, comme nous le décrivons dans ce numéro.

Entre le national-conservatisme, le nationalisme-social, le libéralnationalisme les différences sont évidentes. Pour comprendre ce phénomène, il convient donc de commencer à utiliser les mots justes. Les nationalismes existent. Le populisme n’existe pas.