Corriger la calamiteuse gestion de la LRTV

 

 

Fabio Lo Verso
14 juin 2015

Symboliquement, le résultat du 14 juin est un appel à corriger la calamiteuse gestion du dossier LRTV. Au fil des semaines, les Suisses ont fini par saisir les anomalies du montage fiscal proposé pour financer la SSR et les chaînes radio-tv privées. À l’arrivée, ils sont 49,92% à le refuser, contre 50,08% pour le «oui» qui l’emporte avec 3696 voix d’écart. L’argument de la «simple modification technique» cachait une multitude d’imperfections et de contradictions qui ont réduit le boulevard annoncé de la victoire en une ruelle très étroite.

Dans une précédente analyse, nous passions en revue les anomalies d’un scrutin piégé. Tellement miné qu’il ne pouvait engendrer qu’un résultat tout aussi piégé. La déflagration a failli se produire sur le fil, à la veille du processus de redéfinition de ce service public que les mauvais stratèges du «oui» ont défendu avec maladresse, l’entrée en campagne de la SSR amplifiant le malaise. Au lendemain du vote, ce sont les adversaires du service public qui se retrouvent adoubés d’une nouvelle légitimité par les 49,92% qui ont voté «non».

Inutile de repasser la séquence du «comment en est-on arrivé là?». La question est ailleurs: est-il trop tard pour corriger la désastreuse gestion du dossier LRTV? Comment récupérer le terrain gagné par les anti-service public, qui ont habilement surfé sur les anomalies du scrutin? L’occasion était pour eux trop belle. Pourquoi se gêner.

Ce revers est à mettre sur le compte des mauvais concepteurs de la loi. Qui ont provoqué un autre regrettable effet: s’aliéner la masse d’électeurs attachés au service public mais qui ne pouvaient pas laisser passer une législation hautement défectueuse. N’ont-ils pas imaginé une seconde que la ponction pour les entreprises allait susciter un référendum et, avec lui, mettre au jour les indigestes aberrations de la nouvelle LRTV?

Ces précédents ne sont pas de nature à rassurer sur l’issue de la redéfinition du service public audiovisuel, que le Conseil fédéral veut achever en 2016. Le 14 juin a accouché d’une assimilation dangereuse pour la SSR: elle concentre sur elle tous les maux. Le risque est de voir le débat sur le service public se transformer en combat de boxe pour ou contre le géant audiovisuel. Et de rater ce moment historique pour l’avenir de l’information publique et démocratique. Ce qui va très probablement arriver si la discussion reste confinée aux mêmes acteurs.