Après l’Autriche, qu’attend l’Europe pour sanctionner la Hongrie?

 

 

Comme il semble loin le temps où l’Union européenne imposait des sanctions à l’égard de l’un de ses membres pour protester contre l’entrée au gouvernement de ministres d’extrême droite. Quinze ans plus tard, les autorités hongroises s’inspirent des discours les plus réactionnaires pour proposer une criminalisation des migrants. L’UE répond par un silence assourdissant.

 

William Irigoyen
16 septembre 2015

Il était une fois un dirigeant d’extrême droite venu de Carinthie, splendide zone montagneuse qui fait la joie des collectionneurs de cartes postales. Son nom: Jörg Haider. Avant qu’il ne trouve la mort dans un accident de voiture, l’homme portait beau, il séduisait une partie du bon peuple. Il avait le verbe haut, le sens de la formule — surtout quand il vantait la politique sociale d’Adolf Hitler. Un histrion comme les aime tant le petit écran.

Ses compatriotes ne lui tenaient pas rigueur, dans les urnes, de ses excès de langage. La preuve: son parti, les FPÖ, littéralement «parti autrichien de la liberté», continuait de marquer les esprits et les cœurs, au point de talonner la classe politique «à la papa», comprenez les deux partis historiques: à ma gauche les sociaux-démocrates, à ma droite les conservateurs, frères inséparables de tant de coalitions d’après-guerre.

Et cela aurait pu durer encore des lustres si, un beau jour, un homme de droite, Wolfgang Schüssel, n’avait pas décidé de divorcer de ses alliés «naturels» pour constituer un nouveau type de coalition au pouvoir à Vienne. Avec qui cette fois? Les nostalgiques de l’ordre, fût-il le plus noir. Pourquoi? Par simple calcul politique? Par opportunisme? En raison de valeurs supposées communes? Sans doute un peu de tout cela.

Sauf que, à l’époque — c’était en 2000, une éternité — l’Union européenne ne resta pas les bras croisés et imposa des sanctions au nouveau pouvoir. Une première. Certes, les punitions ne furent que symboliques (essentiellement diplomatiques) mais il se trouva des hommes politiques pour dire combien tout cela était répugnant, qu’on ne pouvait voir ressurgir de tels spectres dans une Europe pacifiée après tant de conflits.

Aujourd’hui, changement d’époque et de pays controversé. Ce n’est plus l’Autriche qui provoque l’ire d’une partie de l’Europe citoyenne mais son voisin hongrois. La droite au pouvoir à Vienne – avec une extrême droite forte en embuscade — a sans doute plus à voir avec l’autoritarisme qu’elle n’en a avec la défense de l’esprit républicain. La preuve, avec la dernière sortie du président Viktor Orbán, jamais à court d’idées sur la question du moment: celle des migrants.

Non contente de dresser des grillages à ses frontières, la Hongrie veut renvoyer en Serbie voisine ces Hommes venus chercher asile chez nous. Si ces derniers refusent cette «option», ils sont tout simplement arrêtés (les premières interpellations se sont déroulées aujourd’hui même) et placés dans des camps de rétention en attendant leur jugement. Ils ne pourront recevoir l’aide d’un interprète.

Mais ce n’est pas tout: le casier judiciaire de ces dangereux individus portera la mention «crime», sorte de tampon indélébile qui leur sera évidemment préjudiciable au cas où leur viendrait encore l’envie de poursuivre leur périple déjà compliqué et long dans l’espace Schengen. La Hongrie de Viktor Orbán vient donc d’inventer un nouveau concept: la triple voire la quadruple peine.

Mais qu’attendent donc les responsables européens pour taper du poing sur la table et rappeler quelques fondements élémentaires au numéro un magyar? L’occasion leur en a pourtant été donnée à Luxembourg où étaient réunis les ministres de l’intérieur des vingt-huit pays membres de l’UE. Non seulement l’Europe n’a pas parlé d’une seule voix mais elle est restée bien silencieuse à l’endroit d’un Viktor Orbán qui, décidément, aime torpiller tout ce qui peut s’assimiler à un semblant d’Europe communautaire.

La démocratie est un combat quotidien. Pas seulement une belle déclaration d’intention.

 
ÉditorialWilliam Irigoyen