Et si la femme était l’avenir de l’islam?

 

 

 

Jean-Noël Cuénod
5 octobre 2015

Il existe de multiples diagnostics pour décrypter la succession de convulsions violentes qui secoue le monde ici et là et tout particulièrement au Moyen-Orient. Une piste est peu suivie, celle de la confrontation entre l’émancipation de la femme et les forces du patriarcat. Avec des périodes de haut et de bas, le patriarcat s’est imposé comme la référence principale de la plupart des sociétés humaines, même si d’autres formes de relations entre les genres ont prévalu dans certaines contrées et à certaines époques.

En Suisse et chez ses voisins, la «tutelle masculine» sur la femmes s’est renforcée dans les législations au cours des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècle. L’homme était le Chef de famille avec un C des plus majuscules. à la femme, le rôle d’assistante et de ménagère. En Suisse, il a fallu attendre la révision du Code civil de 1988 pour que ce schéma soit définitivement bouté hors des lois mais... pas toujours, hors des têtes!

L’évolution vers l’émancipation de la femme est lente, sujette à retours en arrière. Toutefois, depuis la dernière moitié du XXe siècle, il est indéniable qu’en Occident, elle a fait des progrès. Mais le vieux monde patriarcal ne se tient pas pour battu. Il organise ici ou là ses résistances. Dans les sociétés où, de par la culture, les us et coutumes, voire les conditions climatiques, le rôle de la femme était moins subalterne qu’ailleurs, les contre-offensives patriarcales se font plutôt rares et lorsqu’elles s’engagent, c’est à fleurets mouchetés.

Mais il en est d’autres où le poids des traditions permet aux forces du patriarcat de s’exprimer avec virulence. C’est le cas de la plupart des pays musulmans à des degrés diverses intensités. Certes, d’autres régions du monde, d’autres religions considèrent les femmes sur le mode mineur. Mais force est de reconnaître que c’est dans les pays musulmans — à la belle exception de la Tunisie — que le patriarcat déchaîne ses forces.

Elles sont désormais bien connues, les exactions de Boko Haram — qui a enlevé 2000 femmes et très jeunes filles au Nigéria, selon Amnesty International, pour les réduire à l’esclavage sexuel — et celles de l’État islamique qui en fait de même à encore plus grande échelle. Certes, il serait faux d’associer tout l’islam à ces terroristes, mais c’est tout de même au nom de leur foi qu’ils agissent ainsi. Et ces actes barbares trouvent aussi un terrain fertile dans les coutumes qui placent la femme à un rang inférieur.

Qu’on ne s’y trompe pas, le refus de l’Occident par l’islamoterrorisme, ce n’est pas seulement celui des anciennes puissances coloniales. C’est aussi — et sans doute surtout — le rejet de ce féminisme qui s’est développé dans nos contrées. Il appartient aux musulmans, et à eux seuls, de reconsidérer la place de la femme dans leur conception du monde pour que leurs sociétés soient enfin pacifiées. Le chemin pour y parvenir est semé de pièges que les forces du patriarcat ne manqueront pas de tendre.

Ce patriarcat qui mène un combat d’autant plus sanglant qu’il est d’arrière-garde. Alors, que les musulmans se posent cette question: et si la femme était l’avenir d’un islam renouvelé? En attendant laissons le poète Aragon conclure avec cet extrait du Fou d’Elsa: L’avenir de l’homme c’est la femme / Elle est la couleur de son âme / Elle est sa rumeur et son bruit / Et sans Elle il n’est qu’un blasphème.

 

Paru dans l’édition d’octobre 2015