Coup de tonnerre dans le ciel allemand

IRIGO_1-rotonda.jpg

 

William Irigoyen
24 septembre 2017

Avec un résultat en hausse de huit points par rapport au scrutin de 2013, le parti Alternative für Deutschland (AfD) est incontestablement le grand vainqueur de ces législatives allemandes. Dans un pays où toute poussée électorale de l’extrême droite inquiète et suscite une prise de conscience bien plus importante qu’ailleurs – notamment en raison de son histoire -, les 13% récoltés par le duo eurosceptique et populiste Alice Weidel-Alexander Gauland viennent entacher le succès de l’autre grande gagnante de la soirée: Angela Merkel.

La chancelière se hisse donc sur la première marche du podium mais avec un score qui n'est pas mirobolant: 33% à l'heure où nous écrivons ces lignes. S'il devait se confirmer, il s'agirait du plus mauvais résultat obtenu par celle qu'Helmut Kohl surnommait «Das Mädchen» (la jeune fille) lors d'une consultation fédérale. Il n'empêche: c'est à cette femme à l'aube d'un quatrième mandat que revient la lourde mission de former une coalition.

Avec qui? C'est la question du jour. S’associer à nouveau avec les sociaux-démocrates? Nombreux sont les Allemands a en avoir assez de ce mélange des genres politiques et de ce qu'on appelle chez eux «Die große Koalition», la grande coalition (lire notre analyse parue ici). La droite, disent-ils avec raison, ce n’est pas la gauche. Martin Schulz, l'ancien président du Parlement européen réussit certes à maintenir son parti, le SPD, au-dessus du seuil psychologique des 20%, mais il n'y a pas franchement de quoi pavoiser. Comme il semble loin le temps où l’ancien chancelier social-démocrate Gerhard Schröder, grand responsable de la casse sociale dans son pays et des déconvenues qui s'en suivirent de son parti, dépassait allégrement les 30% des voix.

La CDU d'Angela Merkel va-t-elle s’allier avec les libéraux de Christian Lindner? Possible. Ce scénario inquiète en tout cas beaucoup en Europe en raison de la dérive populiste de celui qui a tout de même propulsé son parti, le FDP, à 10% (c'est cinq points de plus qu’en 2013). À 38 ans, cet homme physiquement rassurant et idéologiquement inquiétant est en train de devenir une personnalité incontournable de l'horizon politique allemand.

Quand aux Verts (Grüne) et à la gauche radicale (Die Linke), ils restent assez stables, preuve que le discours écolo a encore une forte crédibilité chez notre voisin européen – n'en déplaise par exemple à leurs homologues français empêtrés dans des querelles d'appareil et de lignes politiques à n'en plus finir. Preuve aussi que Sarah Wagenknecht, celle qu'on surnomme parfois la Rosa Luxemburg de la gauche radicale, dont elle a mené la campagne, n'a pas conduit les dénommés «réalistes» de son parti à prendre le large.

Nul doute que les tractations ont dû commencer en vue de la formation d’un nouveau gouvernement. Heureusement car les dossiers urgents ne manquent pas sur la table de la Chancellerie allemande. Berlin doit donner au plus vite un cap politique. Pas seulement aux Allemands mais à l'ensemble des Européens qui, en ce moment, sont en plein doute.

Il incombe donc à Angela Merkel et ses futurs alliés de montrer qu'ils sont en capacité de prendre les problèmes du pays à bras le corps afin de couper l'herbe sous le pied de l’AfD. L'extrême droite, qu'elle soit identitaire, populiste, dédiabolisée ou non, se nourrit toujours des difficultés des autres. Elle est encore plus en embuscade ce soir. Ses résultats le signifient avec force.

Un coup de tonnerre vient de retentir dans le ciel allemand. La riposte démocratique doit être imparable.

 
ÉditorialWilliam Irigoyen