Benoît Hamon, l’homme de la révolution pacifique du travail?

 

 

 

William Irigoyen
26 février 2017

«Il faudrait, pour jouir pleinement et librement de notre vie spirituelle, que tout nous fût donné sans travailler.». Vous pensez que cette phrase a été écrite par la femme d’un responsable politique français soupçonnée d'avoir bénéficié d'un emploi fictif? Fausse route. Il s’agit d'un extrait de Contre le travail, essai initialement paru en 1923 dont la traduction en français vient de paraître¹.

Son auteur? Giuseppe Rensi (à ne surtout pas confondre avec Matteo Renzi, ancien président du Conseil transalpin), philosophe et avocat italien (1871-1941) qui, pour des raisons politiques, s'exila en Suisse pendant dix ans et devint, pour la petite histoire, le premier député socialiste élu dans le canton du Tessin, avant de retourner dans sa mère-patrie où il fut ostracisé par le régime fasciste.

Dans cet ouvrage, l’auteur développe l’idée que le travail n’est rien d'autre qu’une forme d’esclavage, une activité déshumanisante accomplie sans «qu’un élan spontané ou l’envie qu'elle nous inspire nous y pousse».

Giuseppe Rensi appelle à changer le but de nos vies: «En premier lieu, déterminer le nombre d’heures dédiées aux exigences d’une vie véritablement humaine, allouer ensuite celles qui restent au travail; et ce calcul ne saurait être fait dans l'ordre inverse, comme habituellement, contraints que nous sommes par la dure nécessité.»

Pour cela, il nous faudrait réapprendre à savourer le goût de l'oisiveté et de la contemplation: «Dans l’inaction attentive et recueillie, notre âme efface ses plis. La rêverie, comme la pluie des nuits, fait reverdir les idées fatiguées et pâlies par la chaleur du jour. (...) La flânerie n’est pas seulement délicieuse, elle est utile.»

Au cours de sa réflexion, le philosophe italien semble vouloir «sauver» le travail en lui restituant une partie de sa valeur spirituelle. Comment? En simplifiant la société actuelle, «de sorte à revenir à l’économie villageoise et à des formes d'artisanat». Mais c’est pour mieux conclure, quelques pages plus loin, que la méthode de coercition liée au travail empêchera toute révolution permettant, sinon sa disparition, du moins son aménagement.

En lisant l’ouvrage de Giuseppe Rensi, on ne peut s’empêcher de songer à l’écho que ses visions auront en France, après leur traduction plus que bienvenue. Car dans l’Hexagone, pays de la la réduction du temps de travail, le candidat officiel du Parti socialiste et des Verts (depuis son accord avec Yannick Jadot) à l’élection présidentielle fait depuis peu dresser l'oreille à son sujet.

Benoît Hamon serait-il l’homme de la future révolution pacifique du travail, en souhaitant sa persistance et en promettant la création d'un revenu de base, ou allocation universelle²?

Certains rétorqueront que la proposition-phare de son programme grèverait le budget de l’État, qu'elle acterait le chômage de masse, qu’elle ne serait finalement qu’un outil de gestion du capitalisme, qu’elle serait immorale puisque tout le monde, riche ou pauvre, pourrait la toucher.

Ces quelques lignes n'ambitionnent nullement de trancher le débat. Demandons-nous, beaucoup plus modestement, s’il n'y a pas du «rensisme» chez Benoît Hamon. Repenser nos vies à l’ère technologique: voilà bien une réflexion passionnante. Elle n'est pas la seule dans le programme du député de la XIe circonscription des Yvelines, en région parisienne.

Reconnaissons qu'il y en a aussi chez ses concurrents qui méritent d'être débattues. Oui, mais pour cela, il faut avoir le temps de l'étude, de la documentation et de la digestion intellectuelle, un triptyque devenu quasiment inaccessible à nombre d'électeurs.

Voilà bien la preuve évidente que la question du travail et du temps libre est ô combien politique en tant qu'elle est devenue centrale dans nos vies.


¹ Giuseppe Rensi, Contre le travail. Essai sur l'activité la plus honnie de l'homme, traduit de l'italien par Marie-José Tramuta, Allia

² «Je ne remets pas en cause l’importance du travail, mais je relativise sa place, car il va se raréfier», entretien au Monde, du 4 janvier 2017. Lire ici.

 

 

 

ÉditorialWilliam Irigoyen