La «Besace» de Manuel Valls et la politique spectacle

 

 

 

William Irigoyen
25 septembre 2015

Sur le plateau de l’émission Des paroles et des actes, hier soir, jeudi 24 septembre sur France 2, Manuel Valls a fustigé «la politique spectacle». Tout esprit critique ne pourra qu’abonder dans ce sens. Une question demeure: le Premier ministre français et d’autres responsables politiques auront-t-ils un jour l’audace de ne plus jamais fréquenter la «press people» (quel oxymore!)? Car chez nos élus (quelle que soit d’ailleurs leur nationalité), il y a souvent loin de la parole aux actes justement.

Faudra-t-il rappeler au chef du gouvernement hexagonal son passage sur le désormais célèbre canapé rouge de Michel Drucker dans Vivement dimanche? Est-il nécessaire de convoquer à nouveau cette «une» du magazine français Paris-Match sur laquelle le même Manuel Valls posait tout sourire aux côtés de sa femme? L’honnêteté commande de ne pas accabler le seul Premier ministre car ils sont légion dans la classe politique à faire ce qu’ils reprochent pourtant à d’autres.

Je me souviens d’un passage télévisé montrant Ségolène Royal tout heureuse de montrer ses enfants aux caméras d’une télévision publique. Je me souviens de Nicolas Sarkozy évoquant en pleine conférence de presse sa relation avec Carla Bruni en gratifiant le parterre journalistique présent devant lui d’un désormais célèbre «Carla et moi, c’est du sérieux». Je me souviens d’un François Hollande répondant récemment aux questions absurdes d’un animateur du Vrai journal de Canal Plus. Faut-il continuer la liste?

Oui, monsieur le Premier ministre français, vous avez bien raison, «la politique, ce n’est pas du spectacle». D’ailleurs, il suffit de relire les écrits de Guy Debord pour prendre encore mieux conscience du symptôme dont sont atteintes nos démocraties: le vide. Ce vide abyssal dont une partie de nos élus, relayés par une certaine presse, aime tant se faire l’écho. Pendant ce temps-là, d’autres continuent de faire de la vraie politique. Et ça marche. En tout cas les derniers scrutins montrent que les électeurs mordent de plus en plus à cet hameçon populiste.

La faute à qui? Il faudrait plus que ces quelques lignes pour en débattre. Signalons juste que, hier soir, l’animatrice du Grand Journal de Canal Plus, Maïtena Biraben, a provoqué une levée de boucliers après avoir parlé du «discours de vérité» à propos du Front National lors de son interview en direct de l’avocat français Eric Dupont-Moretti.

Rappelez-vous, monsieur le Premier ministre de cette fameuse fable de Jean de la Fontaine, La Besace dans laquelle figure ce vers célèbre: «Lynx envers nos pareils, et taupes envers nous.» Veillons à ce que nos paroles et nos actes entrent en conformité. Respectons nos engagements: politiques comme journalistes. Ne cédons pas à la facilité, à cette politique spectacle que vous avez bien raison de condamner mais que, dans les faits, vous contribuez avec d’autres à pérenniser.

 
ÉditorialWilliam Irigoyen