Le Chili à l’heure du choix

 
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William Irigoyen

1 octobre 2017 — Difficile, en déambulant, hier, dans les rues de Santiago, de s'imaginer que le Chili est à l'aube d’un choix capital: trouver celui ou celle qui succèdera à Michelle Bachelet, l'actuelle présidente parvenue au terme de son second mandat. Cette absence d'effervescence citoyenne dans un pays qui a si longtemps connu la dictature militaire frappe d'emblée l'auteur de ces lignes envoyé ici pendant une dizaine de jours. 

Le déluge de pluie qui s'est abattue durant toute la journée sur la capitale expliquerait-il à lui seul cette supposée apathie? «C'est parce que la campagne officielle n'a pas encore commencé. Il va falloir attendre encore un peu », répond une consœur journaliste. On chercherait donc vainement, ces temps-ci, une affiche électorale ou la moindre distribution de tracts en faveur des postulants à la magistrature suprême.

Les sondeurs — êtres éminemment faillibles, ne l'oublions jamais — estiment que tout se jouera entre un milliardaire de droite, Sebastian Piñera, chef de l’État entre 2010 et 2014, et un ancien journaliste de télévision, Alejandro Guiller, son opposant de centre gauche. D'autres candidats sont en lice mais ne seraient pas en mesure d'inquiéter les deux favoris. Si aucun n’obtient 50% des voix, le 19 novembre prochain, un second tour les départagera le 17 décembre. 

En comparaison avec d'autres États d’Amérique latine, le Chili apparaît comme un havre de stabilité. Sur le plan politique, pour commencer. Depuis 1990, le pays connait des alternances pacifiques, résultant de consultations électorales menées jusqu’à à leur terme. On aurait toutefois tort de conclure que la démocratie, ici comme ailleurs, est une chose définitivement acquise.

D'autant que l’économie chilienne, même si elle reste performante, montre quelques signes d’essoufflement. La croissance était de 5,8% en 2010, elle a péniblement atteint 1,7% l'année dernière. Le déficit public s'est creusé. Si le taux de chômage est faible (7,1%), la pauvreté affecte toujours 15% de la population et le taux d’inégalités demeure l’un des plus élevés dans l'OCDE (sources: Le MOCI).

Les mécontents sont nombreux. Parmi eux, les étudiants. L'actuelle présidente avait promis la gratuité de leur scolarité (les frais universitaires sont parmi les plus chers du monde). Elle le sera mais graduellement, d'ici 2020, un terme jugé trop lointain pour des jeunes qui restent mobilisés. On n'ose imaginer leur réaction si Sebastian Piñera l'emporte. S'il est élu, celui-ci a en effet promis de revenir sur la décision prise par Michelle Bachelet.

Que se passera-t-il, aussi, si les exportations de cuivre continuent de baisser? Les mineurs se mettront-ils à nouveau en grève comme ils l’ont fait en début d’année (43 jours d'arrêt de travail, un record)? Tout cela est d’une importance capitale pour le pays puisque la baisse des ventes de ce minerai a un impact direct sur le déficit public.

Voilà ce qui, entre autre, se joue lors de cette élection présidentielle chilienne. Le tout sur fond de corruption. Car le pays a, lui aussi, son lot d'affaires. En ce sens, il est au diapason du reste du monde. Voyons, par exemple, Sebastian Piñera. Le candidat de droite se retrouve éclaboussé par un scandale où il est question de conflit d’intérêt. Ce n'est pas la première fois, loin s’en faut, que son nom est associé à des opérations douteuses. 

Cela aura certainement un impact sur les résultats du 19 novembre prochain, mais lequel? Les Chiliens ont encore un mois et demi pour réfléchir, (re)lire les programmes, comparer les propositions. Et de choisir celui ou celle qui, à leurs yeux, sera le mieux à même de les représenter. Quelle que soit son identité, l’élu(e) s’engagera à respecter la Constitution, un texte qui, certes réformé à plusieurs reprises, date de 1980. Le chef de l'État s’appelait alors Augusto Pinochet.

 
ÉditorialWilliam Irigoyen