Le combat climatique gavé de contradictions

 

 

 

Fabio Lo Verso
30 novembre 2016

L’effroi. Il n’y a pas d’autre mot pour désigner le sentiment qui doit étreindre les scientifiques devant l’élection de Donald Trump aux États-Unis. Un climatosceptique à la tête de l’un des pays les plus pollueurs au monde n’est pas de nature à rassurer sur l’avenir de la planète. L’autre mauvaise nouvelle pour les climatologues pourrait venir de la Commission européenne, qui s’apprêtait à publier, le 30 novembre, sa feuille de route pour la transition énergétique du continent. La veille, des fuites faisaient état d’un cap «incompatible avec celui donné par l’accord de Paris».

Depuis 2007, lorsque le monde scientifique a confirmé que les hommes sont responsables des changements climatiques, le combat contre le réchauffement de la planète n’est toujours pas sorti de ses malsaines contradictions. L’entente scellée à Paris a décrispé pour un instant l’ambiance tendue des négociations mondiales. En dehors de cet unique moment de grâce, durant toutes ces années, le monde est resté suspendu dans le vide.

Émaillé de couacs embarrassants, de troublantes tergiversations et de timides précautions, le bilan s’assombrit si l’on songe à la vaste arnaque à la taxe carbone, le «casse du siècle», ou à la tricherie statistique. À dénoncer la dernière pirouette en la matière, début novembre, on trouve l’ONG britannique Oxfam. Les montants de l’aide au pays du Sud pour financer des programmes d’adaptation au changement climatique sont artificiellement gonflés, dénonce-t-elle, preuves à l’appui. De Paris à Marrakech, de la COP21 à la COP22, les promesses financières des États se sont, elles, progressivement dégonflées.

Le compte à rebours pour sauver la planète a été donné à tellement de reprises qu’il n’est aujourd’hui plus audible. Et s’il est fini le temps où les pays riches et émergents se rejetaient les responsabilités du réchauffement de la planète, chacun n’a cessé de rater ses objectifs de réduction des émissions de C02. L’essor des énergies renouvelables n’est pas non plus épargné par cette incurie.

Tous les yeux sont alors tournés vers le duopole sino-étasunien, le G2 de l’économie mondiale. Ces champions mondiaux de la pollution détiennent les clés du problème. Mais les Etats-Unis se détruisent à force de trop consommer, la Chine à force de trop croître.

C’est un cocktail explosif qui mijote dans le chaudron du réchauffement climatique. Si, sous l’impulsion de Donald Trump, Washington se retirait du plan global, et si la volte-face de l’UE devait se confirmer, il ne resterait plus grand-monde pour répondre aux déséquilibres de la planète. Il est décoiffant d’observer la vitesse à laquelle le multilatéralisme consacré à Paris, sous la COP21, menace de se désagréger.

Après ce sommet, les riches sont repartis avec leurs problèmes de riches, qu’ils règlent à coups de milliards, et les pauvres avec leurs horizons de pauvres, chargés d’inégalités et de dangereuses migrations. Dans une planète qui cumule les records de promesses de changement, tout recommence comme avant.

 

Paru dans l’édition de décembre 2016
   

 

 
ÉditorialFabio Lo Verso