Crise de la presse: dépolluer le débat

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Fabio Lo Verso

 

1 septembre 2017 — La déchirure qui vide la presse suisse de sa substance n’est pas le fait de quelques coups de canif portés à l’aveugle. Comme dans un mixer, les lames tourneront jusqu’à ce qu’il ne restera plus grand-chose à couper. La formule à la mode est «crise de la presse». Les récents «rapprochements» entre, d’une part, 20 Minutes et le Matin, et, d’autre part, la Tribune de Genève, 24 heures et le Matin Dimanche, signifient qu’un nouveau palier a été franchi. L’air se raréfie dans les rédactions. Concentrer les journalistes sous un nouveau toit rédactionnel élargi fera gagner quelques semaines, ou mois, d’oxygène. Puis, les convulsions reprendront.

Ce scénario se répète depuis trop longtemps pour qu’on l’appréhende encore et toujours avec les mêmes clés de lecture: les éditeurs tuent la diversité médiatique et le journalisme doit se réinventer. Slogans creux mais bruyants, ils rendent pour l’heure inaudibles les revendications salutaires. Ils obligent surtout à des ajustements conceptuels.

Il faut réinventer les éditeurs de journaux, non le journalisme qui, au contraire, aurait besoin de revenir aux fondamentaux du métier, la vérification des faits et la recherche de la vérité. La diversité médiatique, elle, était sévèrement affaiblie bien avant la déroute des éditeurs, à partir du moment où on l’a faite coïncider avec la quantité de l’offre. Venant s’ajouter, dans les années 2000, aux titres payants, les journaux gratuits ont-ils contribué à étoffer, ou finalement à appauvrir, la diversité médiatique?

La conclusion varie, si l’on se place du point de vue du marché ou de la démocratie. Le «débat urgent» réclamé par Le Temps ¹ demeurera alors futile tant que la diversité ne sera pas considérée pour ce qu’elle est: une catégorie de la qualité médiatique. Concept qui tombe, à son tour, dans le champ de la démocratie, en dehors donc du marché. «Une population qui vote au moins quatre fois par année doit disposer d’espaces de débats variés et propres à sa culture», assène le quotidien romand.

Dans quelle configuration, un paysage médiatique doit-il alors être considéré comme étant réellement diversifié? Lorsqu’il est composé, par hypothèse, de cent journaux qui publient seulement dix pages par an consacrées au débat démocratique? Ou de dix journaux qui en publient cent?

Il devient alors urgent de dépolluer le débat, en revisitant le sens de ses principaux termes et concepts. De découpler d’abord information et journalisme, la première tombant sous la sphère du pouvoir — économique ou d’influence —, le second de la démocratie. Et de revendiquer ensuite un statut d’utilité publique pour le journalisme dont le métier consiste à transformer l’information en la rendant utile pour le public, non pour un certain public.

En un mot, sortir le journalisme de ce faux débat qui le réduit à une variable de marché. A partir de là, des solutions pour surmonter la crise seront possibles.


¹ «Diversité médiatique, l’urgence d’un débat», Le Temps, 23 août 2017

 

 
ÉditorialFabio Lo Verso