La «démocratie participative», une image en trompe-l’œil?

 
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William Irigoyen

5 novembre 2017 — Très attendue, la réforme a été lancée le 10 octobre dernier. Ce jour-là, François de Rugy, le président de l’Assemblée nationale française, a annoncé une consultation en ligne afin qu’un maximum de citoyens puissent dire comment, à l’avenir, ils entendent être mieux associés à l’élaboration des lois. Cette démarche témoignerait, pour certains, d’une volonté évidente de pratiquer ce qu’on appelle la «démocratie participative».

On peut d’abord s’étonner que cette expression tautologique – elle répète une idée avec des termes différents – perdure. À priori, une démocratie ne peut fonctionner sans le concours actif de ses citoyens. S’il en est ainsi, c’est parce que, dans un passé proche, on a vu des pouvoirs politiques se passer du peuple, en faisant pourtant croire qu’ils réclamaient son avis. Rappelons-nous que, le 29 mai 2005, une majorité de Français a voté, par référendum, contre le Traité établissant une constitution pour l’Europe. Lequel a ensuite été ratifié par... voie parlementaire. Exit donc les électeurs.

Parce qu’elle n’est précisément plus aussi évidente que cela, la notion de «démocratie participative» est redevenue d’actualité voici quelques décennies. La municipalité de Porto Alegre au Brésil y est pour beaucoup. C’est elle qui, en 1989, l’a en partie ravivée quand elle a autorisé ses administrés à voter son budget, cette initiative devant rendre possible, selon les altermondialistes, une réappropriation citoyenne des questions politiques, économiques et sociales.

En France, c’est à l’échelle municipale que ce nouveau souffle participatif se fait le mieux sentir, selon le sociologue Loïc Blondiaux. En renfort de cette assertion, citons un article en ligne de La Gazette des communes (lire ici). Il nous apprend que, aujourd’hui, quatre millions de citoyens hexagonaux peuvent voter dans le cadre d’un budget participatif organisé par une collectivité. Pas seulement à Paris, mais aussi à Rennes, Grenoble, et dans bien d’autres villes, à Clermont-Ferrand d’ici deux mois...

Même s’il faut évidemment saluer tout ce qui va dans le sens d’une reconquête du pouvoir par les citoyens, il est fort peu probable que cette possibilité qui leur est offerte puisse à elle seule venir à bout de l’apathie démocratique actuelle. Pourquoi? Parce que dans le cas des villes mentionnées ci-dessus, les citoyens ne peuvent se prononcer que sur une infime partie du budget municipal, le reste étant soumis aux votes des conseillers.

Aussi séduisante soit-elle, la démocratie participative pose plus généralement question. Devenir «citoyen associé» prend du temps. Il en faut en effet pour aller chercher une information claire, transparente, pour lire, comprendre, confronter les points de vue, établir une synthèse des arguments avant de décider. En avons-nous vraiment la possibilité? Nos vies nous permettent-elles de concilier sérieusement activité professionnelle et conscience citoyenne? Pouvons-nous assurer, nous qui nous exprimons à intervalles réguliers par le biais d’élections, que nous disposons d’une période d’analyse suffisante et pourtant nécessaire avant d’exprimer nos choix?

Une autre interrogation. Des citoyens qui se voient offrir la possibilité d’être plus participatifs le sont-ils forcément? En Suisse, pays souvent cité pour son exemplarité démocratique et ses consultations à tout-va, la participation moyenne aux votations a augmenté de 5% entre 1990 et aujourd’hui. Reconnaissons qu’avec un taux de 45 % actuellement, on ne peut décemment pas parler de participation record*.


 
ÉditorialWilliam Irigoyen