Merkel – Le Pen, femme à poigne et poignée de main

 

 

 

William Irigoyen
26 mars 2017

Vendredi 24 mars 2017. Ce jour-là, Marine Le Pen est adoubée par Vladimir Poutine au Kremlin. Point d'orgue de cette rencontre: leur poignée de main immortalisée par la presse. Plus tôt, le président russe a accueilli en ces termes son invitée: « Je sais que vous représentez un spectre politique en Europe qui croît rapidement

La consécration est totale pour la cheffe de l'extrême-droite française. La scène a de quoi déconcerter en cette année qui marque le centenaire de la Révolution russe. Chacun sourit à l'autre. L'hôte et celle qui lui rend visite semblent tellement heureux de partager la même table et tant d'autres choses. Le premier, voulant apparemment railler «l'affaire» de l'ingérence russe dans la campagne américaine, poursuit en direction de la seconde: «Nous ne voulons en aucune façon influencer les événements en cours [les élections], mais nous nous réservons le droit de communiquer avec les représentants de toutes les forces politiques du pays, ainsi que le font nos partenaires en Europe et aux États-Unis.»

Vendredi 17 mars 2017. Ce jour-là, Angela Merkel est «reçue» — si toutefois ce verbe convient à la situation — par Donald Trump à la Maison Blanche. Dans le bureau ovale, le président américain refuse de serrer la main de la chancelière allemande. Pis, son mépris pour son invitée s'étale devant des caméras de télévision qui enregistrent cette scène aussi surréaliste que révoltante. Les journalistes qui n'en demandaient certainement pas tant ont pourtant essayé de susciter une poignée de main. En vain. Rien n'y fait.

Plus tard dans la journée, lors d'une conférence de presse, le leader étasunien se met à accuser son prédécesseur Barack Obama de l’avoir mis sur écoute. Il n'y a pour l'instant aucune preuve formelle de ce qu'il avance, mais qu'importe: cette saillie lui permet d'ironiser et de lancer à son invitée, dont on se souvient que le nom a été avancé dans l'affaire des écoutes illégales de la NSA: «On a quelque chose en commun, peut-être

On peut être en désaccord politique avec Angela Merkel. Force est, toutefois, de reconnaître qu'il est souvent arrivé à cette femme de penser contre elle et contre son camp. Regardons simplement comment la crise des migrants a été globalement bien gérée en Allemagne et comme elle ne l'est toujours pas ou de façon si scandaleuse dans le reste de l'Europe. Prenons le cas de la Hongrie, par exemple, un pays dont le président affirme être au diapason de la politique de Donald Trump et qui partage avec lui au moins une chose: la passion pour les murs.

Le philosophe italien Antonio Gramsci disait: «Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres.» En une semaine, sur le front diplomatique comme on dit, une partie du vieux monde s'en est allée. Le clair-obscur a pris ses quartiers. Plus exactement: il continue de les prendre.