Nous sommes de partout

 

 

William Irigoyen
1 janvier 2017

Relatant la tuerie dans une discothèque d'Istanbul en ce premier jour de 2017, certains médias français (ils ne sont pas les seuls) ont immédiatement fait le parallèle avec celle du Bataclan le 13 novembre 2015. Si l’attaque de Paris est à nouveau évoquée, c’est parce qu'elle reste, à ce jour, la plus meurtrière dans ce genre d'établissement: quatre-vingt-dix morts.

La focalisation sur le seul «record» est dangereuse. Car, avec le temps, le risque est grand de faire l'impasse sur d'autres événements tout aussi tragiques. Exemple: le carnage dans la discothèque Pulse d'Orlando qui a fait cinquante morts en juin 2016. Autre exemple: l’histoire retient que la ville de Nice est celle qui a vu le plus de personnes assassinées par un camionneur aux ordres de Daech (quatre-vingt-cinq morts le 14 juillet dernier). Mais il ne faudrait pas que ce bilan éclipse celui de Berlin, le 23 décembre, lors du marché de Noël: douze victimes, sans compter tous ceux qui porteront à jamais dans leur chair et dans leur tête les stigmates de ces meurtres.

La mémoire journalistique ne doit pas être sélective. Il nous importe, à nous autres dans la presse, de rappeler, à chaque tragédie malheureusement, la longue liste des monstruosités commises par des individus qui prétendent agir au nom de la religion alors qu’il ne sont que des oies que l’on engraisse avec n'importe quoi, du moment que le discours est simple à comprendre, simpliste à l'extrême.

Oui, il faut faire cela pour une raison éminemment politique. Lors des attentats du 11 septembre 2001, le journal Le Monde prétendait dans un édito de Jean-Marie Colombani resté célèbre: «Nous sommes tous Américains.» Quatorze ans plus tard, le «Nous» est devenu «Je»: «Je suis Charlie.» Aujourd'hui, il faut redire «Nous». Et ce «Nous» doit être géographiquement inclusif: «Nous sommes Istanbul» comme «Nous sommes Paris», «Nous sommes Berlin», «Nous sommes Orlando»...

Votre tragédie, victimes du terrorisme, sera toujours la nôtre, quelle que soit votre nationalité, quelle que soit votre religion, quelle que soit votre philosophie. Nous sommes ensemble. Nous sommes de partout.

 

 

 
ÉditorialWilliam Irigoyen