Retraites: un débat biaisé

 

 

 

Fabio Lo Verso
13 janvier 2012

C’est dans la plus grande discrétion que le Conseil fédéral a approuvé, le 23 décembre 2011, un rapport sur la réforme du deuxième pilier (LPP). Ce document de plus de 170 pages a été diffusé, le 4 janvier 2012, sur Internet sans que la moindre conférence de presse soit organisée. Le contraste avec l’agitation habituellement provoquée autour de ce thème est saisissant.

D’autant que le texte entérine le tour de vis que Pascal Couchepin et Didier Burkhalter ont tour à tour contribué à donner à la révision de la LPP. Douloureuses pour les assurés et les (futurs) rentiers, les recettes n’ont pas varié. La baisse du taux de conversion ou la hausse de l’âge de la retraite, le relèvement des cotisations ou une réduction des prestations, sont autant de solutions qui ont cours auprès des assureurs et des milieux patronaux comme de leurs relais politiques, majoritaires aux Chambres.

Pourquoi avoir dès lors mis la sourdine? L’arrivée d’un socialiste, Alain Berset, à la tête du Département fédéral de l’intérieur, n’est peut-être pas étrangère à une telle retenue. Mais en réalité, cette circonspection, qui a paru suspecte à beaucoup, marque un mouvement de fond.

Parce qu’elle est un sujet sensible et qu’elle peut facilement provoquer le rejet populaire, la révision de la LPP ne peut procéder sur un chemin totalement transparent. Pour conjurer le sort dans les urnes, les tenants du tour de vis surfent sur des slogans alarmistes et esquivent les pièges que pourrait leur tendre la tenue d’un débat public apaisé et réfléchi où tout serait remis à plat.

L’enquête que nous publions dans ce numéro de La Cité montre que cette campagne, basée sur la propagation d’un sentiment d’inquiétude, n’est pas exempte d’éléments trompeurs. Elle décortique efficacement la manipulation des chiffres qui la nourrit. La comparaison entre le scénario catastrophiste et celui de la prudence, que nous défendons, suscite le sentiment que des pistes alternatives devraient être explorées avant de se résigner à affaiblir le système et à pénaliser les rentiers.

Depuis trop longtemps, le débat sur l’avenir des retraites en Suisse se résume à un affrontement idéologique parfois caricatural. En proposant de s’octroyer le droit de fixer le taux de conversion des rentes, le Conseil fédéral dit vouloir extraire le dossier de la politisation à outrance dans laquelle il s’est trouvé enfermé.

Une façon d’éviter de faire passer à nouveau ce taux devant le peuple, qui a massivement refusé une baisse en 2010. L’étanchéité du gouvernement aux pressions des milieux financiers n’étant pas garantie, il n’est pas sûr que cette idée réussisse à faire circuler de l’air frais dans la maison de la LPP.

 

Paru dans l’édition bimensuelle, du 13 au 27 janvier 2012