Scénarios catalans

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WIlliam Irigoyen

17 septembre 2017 — Aura-t-il lieu oui ou non ce référendum sur l’indépendance de la Catalogne? À en juger par la détermination de ses citoyens, il n’y a pas lieu d’en douter. Hier, sept cents maires sur les neuf cent quarante-huit que compte la communauté autonome, accompagnés par une foule de manifestants entonnant leur hymne «Els Segador» ont défié l’État espagnol dans les rues de Barcelone en réaffirmant leur volonté d’être aux avant-postes de cette consultation.

Ils ouvriront donc, le 1er octobre prochain, leur mairie aux citoyens concernés par ce vote. Pied de nez ou fuite en avant complètement inconsciente? Chacun jugera selon sa propre grille de lecture politique. Il est sûr, en tout cas, que les membres du parquet général d’Espagne ont dû voir rouge... et jaune (les deux couleurs du drapeau catalan) ce samedi 16 septembre 2017. C’est eux qui, mercredi dernier, avaient ordonné aux procureurs catalans de citer à comparaître tous les maires s’apprêtant à enfreindre la loi.

Qu’arrivera-t-il dans deux semaines si le «sí» l’emporte face au «no»? Que va faire le pouvoir central du premier ministre conservateur Mariano Rajoy? Envoyer la troupe, suspendre l’autonomie de la Catalogne, faire embastiller toutes celles et ceux qui, de bonne ou de mauvaise foi, préféreraient un avenir seul plutôt que «mal accompagné»? À vrai dire, tous les scénarios sont possibles.

Cette consultation pose en tout cas un certain nombre de questions. La première est relative au droit international. Pourquoi priver une communauté humaine de la possibilité de s’autodéterminer? Ce qui est valable pour la Catalogne l’est aussi pour le Pays Basque, la Corse, la Nouvelle-Calédonie, l’Écosse et bien d’autres territoires à travers le monde. Carles Puigdemont, le chef du gouvernement régional, ne manque jamais de le rappeler.

Les opposants à cette indépendance font valoir que les séparatistes «crachent dans la soupe», qu’ils étaient bien contents, pendant des années, de recevoir les subsides de Madrid sans lesquels la Catalogne n’afficherait pas de tels résultats économiques: 3,5% de croissance en 2016, un PIB plus important que celui de l’Irlande, un tourisme régulièrement en hausse, une concentration importante d’investissements étrangers, un taux de chômage à 13,6%, bien moindre que celui du reste de l’Espagne...

Est-ce à dire que la Catalogne entend mettre les voiles parce qu’elle en a assez d’être tirée vers le bas par d’autres communautés autonomes moins riches qu’elles? Si telle était la véritable raison, alors cette volonté d’en finir avec le principe de la solidarité, serait consternante. Une nation c’est aussi un équilibre entre des aires géographiques aux développements économiques inégaux. Quand l’une va mal, on demande au reste de la «famille» de mettre la main à la poche.

L’Union européenne a une longue pratique en la matière. Les États membres qui ont eu du mal à décoller se sont vus octroyer ce qu’on appelle des fonds structurels. Certaines régions de Slovénie, du Portugal, d’Italie et de bien d’autres en ont largement bénéficié. Et c’est tant mieux. Cela ne veut pas dire que l’avenir de ces zones est définitivement assuré mais qu’on leur a mis un pied à l’étrier de la croissance.

La question catalane est passionnante en tant qu’elle fait appel à des notions philosophiques: la liberté, l’intérêt général, la nation, la patrie, sans oublier la reconnaissance. Espérons que les électeurs réfléchiront à tout cela le 1er octobre prochain. Si jamais ils se prononcent pour un divorce à l’amiable, formons le vœu qu’ils respectent le droit de la minorité, celle qui aura dit «no» et préféré continuer l’alliance avec Madrid.

Quant aux autorités espagnoles puissent-elles ne pas recourir à la force pour punir les partisans du «sí». Dans ce pays, il n’en faut jamais beaucoup pour rallumer les feux mal éteints de la guerre civile.

 
ÉditorialWilliam Irigoyen