«Schulz Effekt», kesako?

 

 

 

William Irigoyen
14 mai 2017

Ce dimanche, la CDU, Christlich Demokratische Union, le parti chrétien-démocrate de la chancelière allemande Angela Merkel, est arrivée en tête du scrutin régional de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, le plus peuplé du pays. Les électeurs ont donc opté pour le changement puisque, depuis cinq ans, régnait dans ce Land allemand un gouvernement vert/social-démocrate sous l'autorité de Hannelore Kraft, une des figures centrales de la SPD.

Que la Sozialdemokratische Partei Deutschlands soit ou non associée à ce nouvel exécutif dans le cadre d'une grande coalition ne change rien au fait que la gauche gouvernementale est à la peine en Allemagne.

Résumé des épisodes précédents. 26 mars: élections en Sarre. La CDU l'emporte avec plus de dix points d'avance sur sa rivale SPD. Cette dernière aurait pu conclure une alliance avec Die Linke, la gauche de la gauche. Cela ne s'est pas fait. Résultat: une grande coalition, comme au niveau national, gèrera donc le Land jusqu'en 2022.

7 mai: élections au Schleswig-Holstein. La SPD arrive en deuxième position, derrière la CDU qui, depuis, a exclu de s'associer avec elle et sera donc aux commandes avec... les Verts et les Libéraux (on appelle cela la coalition «jamaïcaine», les couleurs rappelant celles du drapeau de ce pays).

Pour reprendre le titre d'une chanson écrite en 1933 et rendue célèbre par la version de Billie Holiday, il s'agit d'une succession de «Gloomy sunday» (sombre dimanche) pour la social-démocratie allemande, laquelle ambitionne de remporter les élections législatives du 24 septembre prochain.

Pour cela, la SPD s'est choisie un nouveau leader en début d'année, Martin Schulz, l'ancien président du Parlement européen. Sa nomination aurait eu, à entendre les médias allemands, un «effet bénéfique» pour le parti: le nombre de militants augmenterait, ces derniers ayant trouvé dans leur candidat l'incarnation de valeurs perdues.

Certes, les défaites régionales du printemps n'annoncent pas forcément un automne désastreux. Il peut se passer encore beaucoup de choses avant les législatives. Mais ces déconvenues de la SPD sont inquiétantes. Elles confirment que la popularité de la chancelière Merkel, arrivée au pouvoir il y a douze ans, continue de rejaillir sur son parti.

Quels sont aujourd'hui les partis chrétiens-démocrates qui peuvent s'enorgueillir d'un tel succès en Europe? Ces scrutins montrent en tout cas que les sociaux-démocrates ne constituent pas forcément une alternative crédible aux yeux des électeurs. Normal puisqu'ils sont associés à la gestion du pays.

Cette participation aux affaires est à la fois leur force puisqu'ils arrivent à faire passer des réformes majeures — le salaire minimum, notamment — et leur faiblesse: elle accrédite en effet la thèse qu'il y a désormais bien peu de différences politiques, programmatiques, voire philosophiques avec la CDU.

Autant dire qu'en cette année électorale le chantier est immense pour ceux qui sont aux commandes du plus vieux parti d'Allemagne: celui d'August Bebel, mais aussi celui de Gerhard Schröder dont les réformes économiques, «nécessaires» pour certains et «désastreuses » socialement pour d'autres, en auront durablement écorné l'image.