Sécessionnismes: derrière les miroirs régionaux

 
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Fabio Lo Verso

1 novembre 2017 — Drôle de revendication que l’indépendantisme de la Catalogne en Espagne, ou de la Lombardie et de la Vénétie en Italie. Ces régions opulentes peignent leurs capitales respectives, Madrid et Rome, en diable. Accaparateur, inefficace, corrompu et dépensier, voilà les traits dénoncés de ce pouvoir central dont elles ne veulent plus dépendre.  

On est loin des motifs qui rendaient impossible la coexistence de Serbes et Albanais au Kosovo: l’indépendance était une solution politique, pour que le sang arrête de couler. La revendiquer pour contrôler les richesses générées, c’est une autre affaire.

Barcelone, Milan et Venise veulent que leurs impôts cessent d’être administrés par Madrid et Rome: l’indépendance comme solution économique, pour que l’argent arrête de couler vers d’autres régions. La perspective change.

Sur ce point, la Catalogne s’est montrée particulièrement gourmande. La grande autonomie fiscale dont elle disposait ne lui suffisait à l’évidence plus, malgré son élargissement en 2006. Depuis, la part des impôts perçus par la Généralité a augmenté, celle encaissée par l’État espagnol diminuant drastiquement. Une agence tributaire a même été créée pour en assurer le prélèvement et la gestion.

Un peu plus tard, en 2010, le pouvoir catalan perdait en revanche, devant le Tribunal constitutionnel, la possibilité de légiférer sur les caisses d’épargne, banques et assurances prospérant dans la région. Le recours avait été déposé par le Parti populaire d’un certain Mariano Rajoy*. Sans la haute main sur les organismes de crédit, le statut d’autonomie élargie n’était-il plus qu’une coquille vide?

Une région ne peut maintenir son niveau de prospérité sans disposer de lignes de crédit facilement accessibles pour ses entreprises. Il y a là le véritable nerf de la guerre. Il a d’ailleurs suffi que de grandes banques menacent de quitter la Catalogne pour que la virulence indépendantiste s’estompe.

Le «oui» massivement sorti des urnes aura-t-il pesé moins que le «non» d’une poignée de directeurs financiers? «Et si l’économie, bien plus que la diplomatie et la force policière ou militaire, était le meilleur moyen de ramener des peuples en désaccord à la raison?», se demandait Libération** au lendemain de la consultation populaire catalane.

En Lombardie et en Vénétie, le ressort est identique. Lorsqu’il était opérant, le «berlusconisme» servait de rempart contre l’influence de Rome sur les instituts de crédit régionaux. La tentative du Cavaliere de revenir sur la scène politique et les référendums autonomistes participent d’un même objectif: remettre la main sur le robinet bancaire.   

Que l’Europe ne se mêle pas de ces affaires n’est pas à déplorer. En jeu, il n’y a pas, comme au Kosovo, le périlleux usage du droit humanitaire ou d’ingérence. Mais une lutte pour modifier les rapports de force économiques. Que les miroirs sécessionnistes ont excessivement grossi, déformant sa véritable nature.


* «Catalogne, les sources de la déchirure», par José Antonio Garcia Simon, lacite.info, 2 octobre 2017.

** «Balancier», Libération, 8 octobre 2017.

 
ÉditorialFabio Lo Verso