Donald Trump, criminel de Terre

 

William Irigoyen
2 juin 2017

«Une faute pour l'avenir de notre planète», selon le chef de l’État français Emmanuel Macron, une décision «regrettable», selon la chancelière allemande Angela Merkel, «irresponsable», d'après le premier ministre belge Charles Michel… 

C’était à prévoir: il y a eu, sans mauvais jeu de mots, une pluie de réactions négatives à l'annonce faite hier par Donald Trump de sortir de l'accord de Paris sur le climat conclu fin 2015. Le président milliardaire américain a justifié son choix en affirmant que rien ne devait entraver son action pour redresser l'économie de son pays. «Je ne peux pas, en conscience, soutenir un accord qui punit les États-Unis.» À vrai dire, cette décision était attendue par celui qui a toujours ambitionné de rendre une supposée grandeur à l’oncle Sam («Make America great again).

J'ai raison contre le reste du monde: voilà donc le message révoltant d’aveuglement égoïste que vient de délivrer l'homme à la crinière blonde. Oui, ce même Trump qui, il y a encore peu, accusait la Chine d'avoir «inventé le réchauffement climatique pour nuire à l'Occident». Le locataire de la Maison-Blanche a terni encore un peu plus l'image de son pays en l'isolant sur la scène internationale.

Car, rappelons-le, 194 autres pays ont paraphé le fameux document. 194 pays dont les représentants ont estimé que l'intérêt planétaire commandait. Et qui, au moment de la signature de l’accord, se seront peut-être souvenus du constat dressé en 2006 par l'économiste britannique Nicholas Stern: le coût de l'inaction politique vis-à-vis du dérèglement climatique s'élève à 550 milliards de dollars.

En assistant à ce nouveau spectacle consternant auquel Donald Trump, ce Docteur Jekyll de l’environnement, vient de nous convier, on ne peut s'empêcher de repenser aux mots de la journaliste, essayiste et réalisatrice canadienne Naomi Klein dans son essai intitulé Tout peut changer (Actes Sud et Lux, traduit de l'anglais par Geneviève Boulanger et Nicolas Calvé, 2015): «L'économie est en guerre contre des nombreuses formes de vie sur terre, y compris la vie humaine.» Si tel est le cas, alors concluons que le numéro un étasunien est officiellement devenu, depuis hier, le chef d'une armée ennemie. Ou, pour reprendre un discours capitalistique qu'affectionne tant l'intéressé, la tête de gondole de cette fameuse ère anthropocène (époque durant laquelle les activités humaines ont commencé à avoir un impact significatif sur l'écosystème terrestre).

 © Herji / 2017

© Herji / 2017

Que faire maintenant? Continuer de s'étrangler de rage ou bien essayer de rendre caduque cette décision? Convenons-en, la marge de manœuvre des politiques est étroite. L'Amérique ayant une structure fédérale rien n'empêche de trouver, au niveau des Etats, des alliés qui, eux, appliqueront à leur niveau des mesures contraignantes pour, sinon empêcher le dérèglement climatique, du moins en atténuer les effets dramatiques. C'était le sens de l'intervention hier matin de l’eurodéputée Rebecca Harms, coprésidente du groupe des Verts / Alliance libre européenne chez nos confrères de la Deutschlandfunk.

Le propos n’a rien d’utopique puisque, par le passé, on a vu, outre-Atlantique, des gouverneurs actuels ou passés manifester un intérêt certain pour le climat. Pensons par exemple à Arnold Schwarzenegger en Californie, Bruce Rauner dans l’Illinois et même John Kasich dans l’Ohio. Particularité: ils sont tous de sensibilité Républicaine.

Dans une interview qu’elle avait accordée à La Cité en mai 2015, Naomi Klein ne disait pas autre chose quand elle évoquait l’indispensable participation de nos élus en faveur du climat. Et de mettre en garde, au cas où le concours de ces derniers viendrait à faire défaut:  «Si vous regardez bien il y a eu, ces dernières années, une évolution majeure dans le mouvement de défense du climat. Propret, gentillet à ses débuts, il a évolué parce qu’il s’est reposé sur une base populaire plus large. Il a montré qu’il était possible de se développer, de façon démocratique et décentralisée, les énergies renouvelables, l’agriculture locale et laisser tomber les techniques de fracturation terrestre, les pipelines… » Deux ans après, l’urgence d’une mobilisation citoyenne demeure une évidence.

Quant à l’irresponsable et dangereux Monsieur Trump, souhaitons qu’il réponde au plus vite de ses actes. Pourquoi pas, un jour, devant une cour de justice, pour atteinte à environnement en danger? Le numéro un américain n’est peut-être pas le seul climaticide dans le monde. Mais hier, après avoir continuellement pris pour cible la planète, il est passé à l’acte. Il a appuyé sur la gâchette. Gare à l’effet domino.