Université de Genève, la fin de l’innocence

 
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Fabio Lo Verso

Mai 2018

Dans la lutte contre le sexisme, comme des parallèles en géométrie, les aspirations et les actes de l’Université de Genève ne convergent pas. Déclamée au lendemain de la publication, en novembre 2016, d’un rapport troublant sur l’étendue du sexisme dans l’Alma mater genevoise, la politique de la «tolérance zéro» a manqué son premier test.

Un nouveau rapport, publié le 9 avril, épingle le comportement «partenaliste», «excessivement familier» et «inapproprié» d’un vice-recteur, sans la conviction, toutefois, qu’il puisse être qualifié de «sexisme délibéré». Un choix s’offrait à l’institution: poser le curseur sur l’un ou l’autre de ces termes. Elle a embrassé la seule option qui l’éloignait définitivement de la cible.

La formule «sexisme délibéré» a été interprétée sous l’angle de l’absence d’intentionnalité: le vice-recteur a clamé avoir été «innocenté», le recteur Yves Flückiger décrétant que le chapitre était clos. Une décision qui tourne hâtivement le dos au questionnement que l’adoption de cette formule soulève pourtant.   

Car plaider l’absence d’intentionnalité, c’est préserver cet angle mort dans lequel se tapit le sexisme. Pourquoi ne pas avoir consulté d’autres experts, pour lesquels le «sexisme délibéré» est un ovni?

À quoi bon financer, avec l’argent public, des études sur le sujet, si l’on ignore ce principe cardinal, «il importe peu que l’auteur soit conscient qu’il commet un acte sexiste», comme le rappelle un professeur du droit du travail? La méthode contre le sexisme consiste à lui arracher son déguisement et l’exposer à la lumière. Non à contribuer à le travestir.

Le «sexisme délibéré», c’est une feuille de vigne sur le leurre de la tolérance zéro. Car le rapport ne conclut pas à son absence, mais en creux à sa présence, tout en la couvrant du voile de la non-intentionnalité. Vu de la doctrine de la tolérance zéro, cette nuance aurait dû motiver le déclenchement de mesures à la hauteur des enjeux: le sexisme est un poison lent qui, si on le laisse agir, menace d’entraver le bon fonctionnement de l’institution.

L’affaire se solde par la seule démission spontanée (non exigée) du vice-recteur de ses fonctions rectorales. Il garde son poste de professeur et aucune sanction n’a été prise à son encontre. Pour le rectorat, vaut-il mieux une interprétation controversée qu’un acte exemplaire?  

Cette issue ne peut que renforcer le «sentiment d’injustice» relevé dans le rapport du 9 avril. Et surtout cette «peur de représailles» qui entrave la libération de la parole. Les rédactions de presse se retrouvent ainsi engorgées de témoignages, vrais ou faux, alors qu’à l’Université, les lieux préposés à l’écoute du personnel en souffrance sont «peu utilisés». Un comble.

Les auteurs du rapport pointent également «l’insuffisance managériale» du rectorat entré en fonction il y a trois ans. Les lacunes se multiplient, au lieu d’être comblées. Il y a dans ces conclusions une telle dimension d’échec qui ne mérite pas qu’on donne à ce rectorat une deuxième chance.

 

Éditorial à paraître dans l’édition de mai
    

 

 

 
ÉditorialFabio Lo Verso