Barthassat nous trumperait-il?

 
Luc Barthassat © DR

Luc Barthassat © DR

Le conseiller d’État genevois a voulu faire sauter une amende pour «réparer une injustice».

Fabio Lo Verso
2 juillet 2017

 

Luc Barthassat est un grand incompris. Le conseiller d’État genevois a tenté d’annuler une contravention pour parking non autorisé infligée à un haut fonctionnaire de la Confédération venu assister à la Conférence annuelle des ambassadeurs à Genève. «J’ai eu le sentiment d’une injustice», explique-t-il à la radio publique (RTS, Forum, 25 juin 2017). Vous avez bien lu... «une injustice». Il lui a paru que «le gars», c’est ainsi qu’il le nomme, a été trompé par les services de sécurité. «On lui a dit de se mettre à un certain endroit, et les mêmes qui lui ont dit ça, lui ont collé une amende...» Rhôôô!

De ce coup tordu, «le gars» s’en est plaint au magistrat PDC, qui l’a cru sur parole. «Pourquoi a-t-on mis une amende à quelqu’un qui a fait tout juste?», accuse-t-il, sans rougir, au micro de la RTS. Dans cette histoire à 40 balles (le tarif de la bûche), il y a donc «le gars», le bon, et «les gars», les autres, bref, les méchants, les agents qui ont induit «le gars» en erreur, vous suivez. Or «les gars», assène-t-il, «ils n’avaient rien d’autre à faire?».

Luc Barthassat, ce multirécidiviste de la pensée béate et de l’humeur QDB, «Que Du Bonheur», qu’il colle à l’envi sur son mur facebook, serait du genre hyper sensible à l’arbitraire. Qui le pousse à agir tel un chevalier blanc, au mépris du danger. «Je me rendais pas compte que je faisais un abus d’autorité», admettra-t-il à la RTS, après avoir «assuré à au moins deux médias, Léman Bleu et Le Courrier, qu’il n’avait jamais tenté de faire sauter une amende», relève Le Matin Dimanche du 25 juin.

De l’art de se piéger soi-même en réagissant trop vite un jour. Et de rétropédaler le lendemain. À cette façon barthassienne d’incarner la fonction de conseiller d’État, La Revue a consacré un sketch mémorable en 2015. Vissé au guidon d’un vélo, le magistrat PDC clamait un truc en fonçant vers l’avant puis rembobinait la séquence en disant son contraire. Sans lâcher une goutte de sueur, s’il vous plaît. Quel aplomb!

Gare au retour de pédale. Si la politique était la fusion d’un élu et de ses électeurs, ces derniers pourraient, eux aussi, actionner le rétropédalage aux prochaines élections en mai 2018.

À ce jeu-là, Luc Barthassat n’a rien à apprendre de Donald Trump. Même recours instinctif, sans réfléchir, à ces «coups de bluff», qui font dire au premier qu’un tram sur deux aurait sauté si le scrutin sur les transports publics ne lui avait pas été favorable, et au second qu’il faisait beau le jour de son investiture alors qu’il pleuvait.

Qu’importent les faits et la vérité, l’essentiel est de raconter sa propre vision des choses au public. Et de seriner le refrain du victimisme, surtout si on est invité à le faire. À propos des conséquences politiques de son geste, «est-ce que vous avez le sentiment d’être torpillé par vos pairs?» demande à ce propos le journaliste de la RTS. «Tout le monde torpille tout le monde, on est en pleine campagne électorale et s’ils ont peur de Barthassat, c’est bien que, quelque part, ils ont peut-être des reproches à se faire

C’est connu, «les gars» méchants veulent toujours punir «le gars» qui fait tout juste. Calimero, sors de ce corps!

 

Fragment atterri dans l’édition d’été 2017