Fidel Castro, et moi et moi et moi...

© Charlotte Julie / La Havane, novembre 2016

© Charlotte Julie / La Havane, novembre 2016

 

 

Maurice Laporte
2 décembre 2016

C’est curieux, chez les politiciens, ce besoin de montrer qu’on a côtoyé des hommes célèbres une fois qu’ils ne sont plus là. Parti à l’âge vénérable de 90 ans, Fidel Castro a cumulé un nombre d’amis inimaginable. Même pour lui. Et même à Genève, ville pourtant réfractaire au mode de vie marxiste-léniniste, où le Líder Máximo n’avait effectué qu’une courte visite en mai 1998, invité à parler à la tribune de l’OMS et de l’OMC.

L’ancien président du Parti socialiste genevois, Christian Brunier, a gardé un souvenir impérissable de ce passage éclair. Sur Facebook (26 novembre), vitrine à souvenirs toute personnelle, il ne tarit pas d’éloges à l’égard de ce «mythe révolutionnaire» avec qui il a respiré «durant quatre heures» le même air à l’Hôtel Intercontinental. Dans ce 5 étoiles, le Comandante avait sobrement «convié à une rencontre quelques dirigeants de la gauche locale»...

Ce jour-là, le 16 mai, se souvient Christian Brunier, Fidel est «plein d’humour, il use d’anecdotes pour nous faire rire, nous pousser à adhérer à ses thèses et nous faire réfléchir; par exemple, lorsque l’éclairage subit quelques perturbations de tension, il nous glisse: «Ces hôtels de luxe en Suisse sont exceptionnels. Ils recréent l’ambiance de mon pays (Cuba connaissant quelques problèmes de distribution électrique) pour ne pas me dépayser.»  

Le socialiste dit être «en compagnie de Carlo Sommaruga», grand camarade devant l’éternel, qui n’exhume, lui, aucun souvenir de ce vibrant moment. Il y en a qui peinent visiblement à prendre le train de la nouvelle révolution numérique, «nombrilismo o muerte!»

En revanche, d’autres sautent à pieds joints. Guy Mettan, ex-candidat de centre droite au gouvernement genevois et député au Grand Conseil, évoque, immanquablement sur Facebook, sa rencontre avec le dictateur au Club suisse de la presse, dont il est le directeur. Photos d’archives à l’appui.  

Une expérience que le Cubain «a visiblement apprécié, claironne-t-il, puisqu’il m’a tout de suite invité à Cuba avec ma femme pour me faire opérer de l’œil, en nous logeant dans la résidence des chefs d’état sous la responsabilité directe du ministre de la Santé, et en me téléphonant pour savoir comment l’opération s’était passée».

Sur les réseaux sociaux, les soliloques et les réminiscences modestes ne passent pas inaperçus. Les moqueries ne tardent pas à pleuvoir sur «l’ami» de Fidel. Le Temps (29 novembre) publie un échantillon de ces piques acérés dans Guy Mettan «sauvé» par Fidel Castro, un article à commérages 2.0.

Se sentant «obligé à donner des précisions» (Facebook, 29 novembre), Guy Mettan affirme qu’il a «payé de sa poche (1500 dollars)» l’opération salvatrice de l’œil subie à Cuba, et «apporté les médicaments y compris les anesthésiques, introuvables à cause de l'embargo américain». À un mot près, c’est le Manifeste de Marx et Engels.

 

FRAGMENT atterri dans l’édition de décembre 2016


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FragmentsMaurice Laporte