Freysinger, une vie de bâton de chaise

© Pierre Dubois / Avril 2017

© Pierre Dubois / Avril 2017

 

 

Fabio Lo Verso
4 avril 2017

Pour un instant, Oskar Freysinger a dû implorer le dieu-hologramme qui a permis à Jean-Luc Mélenchon de se dédoubler. La radio Rhône FM annonçait, le 26 mars, que le malheureux UDC se représenterait, si les fraudes électorales étaient avérées et les Valaisans, qui venaient de l’enterrer, étaient appelés à le ressusciter.

La justice valaisanne s’est bien poilée lorsqu’elle a été saisie par le parti du ministre évincé. En Valais, un bourrage d’urnes est déclaré à chaque sortie de bistrot... Crier au loup ne fait pas forcément revenir les brebis, rappelait pourtant l’artiste-politicien dans sa pièce de théâtre mise en scène en 2009, Le nez dans le soleil. Sorte de monologue d’un paysan déclamant, devant son petit-fils, l’attachement des Valaisans pour leur pays. Mais pas assez, à l’évidence, pour les grandes gueules.

Vingt ans que ce natif de Sierre la ramène en long et en large, et en deux langues s’il vous plaît. Ce parfait bilingue, romand et haut-valaisan, ne proclame pas seulement ses pensées à haute voix, il les écrit aussi. Et il les met même en scène au théâtre. Entre ses pièces, romans, essais, paraboles et satires, on compte seize ouvrages, dont le dernier, paru en 2016, n’a pas encore épuisé toute sa pertinence, Le remède suisse. Petit traité de métaphysique politique. S’il faisait allusion à soigner les maux du pays par un périple sur Sirius, le voilà servi!

D’autant que l’UDC valaisan ne dédaigne jamais de percer la stratosphère pour donner de la hauteur à ses combats. Il compose la chanson Dé-stressez pour répondre aux critiques contre lui du rappeur Stress, traite, lors d’une émission, Daniel Cohn-Bendit de colonialiste et déclare «objet décoratif» le drapeau militaire du IIe Reich, aujourd’hui utilisé par de féroces groupes nationalistes allemands, qui habille le plafond de sa cave.

Avec autant d’arguments périmés, il était prévisible qu’Oskar Freysinger fasse recours au survivalisme, un courant apocalyptique qui dit se préparer à la fin de notre civilisation en stockant nourriture, habits, armes et munitions contre les envahisseurs. Sans le dire, le Valaisan travaillait déjà à ce scénario lorsqu’il se vantait d’acheter «ses slips par paquet de dix» (Le Matin, 11 mars 2005).

Et sans que personne ne saisisse non plus le message caché, son accomplissement figurait, il y a neuf ans, en Une de L’Hebdo (semaine du 3 juillet 2008): le regard faussement espiègle, Oskar Freysinger, assis sur son lit, buste droit et habillé d’un peignoir blanc, tient une rutilante carabine avec viseur dans ses mains.

La parfaite panoplie du survivaliste qui ne lâche jamais son arme? Ou de la star du cirque qui n’imaginait pas rater un jour son tour de piste.

 

Fragment atterri dans l’édition d’avril 2017

 
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