Fin d’année à Genève: «Il te plaît pas mon budget?»

Fabio Lo Verso
2 janvier 2017

C’est de saison. À Genève, les fins d’année sont propices aux psychodrames budgétaires. En 2015, le Conseil d’état avait été prié de remballer son projet de budget 2016. Un refus voté par 96 voix contre 1 (un député indépendant...) et 2 abstentions, sur 100 parlementaires. Au lendemain de ce score bulgare, du jamais vu dans l’histoire de Genève, le grand argentier de la République genevoise, Serge Dal Busco, prétendait encore que son budget était équilibré...

Un an plus tard, sa copie pour l’année 2017 est acceptée par le parlement. Croyant probablement commenter l’échec précédent, ou encore sonné par celui-ci, le même Serge Dal Busco déclare à la Tribune de Genève: «Il est normal que notre budget ne ravisse personne» (22 décembre 2016). Allez comprendre.

Après le rejet du budget 2016, le Canton ne pouvait pas se permettre d’échouer une nouvelle fois. La Ville de Genève a alors repris le flambeau de la discorde budgétaire. Dans la deuxième ville de Suisse, gouvernée par la gauche, les fossoyeurs se comptent parmi les élus de droite, majoritaires au parlement municipal.

Si la Ville de Genève se retrouve privée de budget en 2017, ce serait donc à mettre sur le compte du clivage gauche-droite. Sauf que, lorsqu’on leur demande où se situe le problème, les deux fronts surprennent par leur communion sémantique: c’est à cause des «pantouflards».

Les élus de droite? «Des pantouflards qui n’ont pas voulu travailler», dénonce, dans 20 Minutes (22 décembre 2016), le Parti socialiste de la Ville de Genève, d’où est issue Sandrine Salerno, conseillère administrative chargée du Budget. «C’est le Conseil administratif (de gauche, donc: ndlr) qui a pantouflé», réplique, dans Le Courrier (23 décembre 2016) un élu du Mouvement citoyens genevois (MCG).

À les entendre, les travaux en commission n’auraient été qu’une succession de séances où tout le monde, à gauche comme à droite, aurait ostensiblement chaussé ses charentaises de combat pour signifier à son adversaire sa volonté de jouer la montre. Pour en découdre finalement lors de la plénière, à coup d’amendements surgis de derrière les fagots.

Mais qui a enfilé en premier ses babouches et donné le départ de cette confrontation aussi sourde que feutrée? La «méchante sorcière» Sandrine Salerno, dénonce, droit dans ses charentaises, une députée libérale-radicale. Sans se laisser démonter, la socialiste a veillé à faire connaître aux vilains le fond de sa pensée: «Faire de la politique, c’est avoir un projet de société avec des projets concrets et non désigner des sorcières.» Tremblez pantouflards! Voilà qui devrait enfin leur apprendre à remonter leurs chaussettes et à se remettre dans le droit chemin!

L’inconvénient, avec ces agités de la savate, c’est qu’ils ne rentrent pas dans les rangs après un tel sermon. Ils vont se coucher. Et à leur réveil, ils auront un unique souci, trancher leur dilemme quotidien: des pantoufles ou des bottes? Le choix des armes.

 

Fragment atterri dans l’édition de janvier 2017


La rubrique FRAGMENTS,
ce sont des articles parfois satiriques
mais le plus souvent nerveux,
une lecture décalée et aiguisée
de l’actualité politique, économique
et culturelle, la récolte de
ce qui reste de la déflagration
d’événements et idées
qui secouent notre quotidien

 

 
FragmentsFabio Lo Verso