Le monde volatile de Donald Trump

© Pierre Dubois / Février 2017

© Pierre Dubois / Février 2017

 

 

Le président étasunien et ses noms d’oiseau.

 

Maurice Laporte
1 février 2017

Si les oiseaux se cachent pour mourir, Donald Trump a le don de les faire revivre. Virtuellement, pour l’heure, en attendant de disposer, tel un Christ, du pouvoir de résurrection! Les oiseaux virtuels, c’est connu, volent sur Twitter. Tels des pigeons voyageurs, le nouveau président des États-Unis en lâche plusieurs par jour, mais ce ne sont pas des messages de fraternité et de miséricorde qu’ils livrent à leurs destinataires. Le chemin de croix, très peu pour lui, surtout pour les autres.

À commencer par les Mexicains qui, en janvier, ont reçu de Washington une escadrille de mordants volatiles qui feraient passer les Oiseaux d’Hitchcock pour des colombes empaillées. «Le Mexique a trop longtemps tiré profit des États-Unis. Déficits commerciaux massifs et aide minimale à la frontière, ça doit changer, MAINTENANT!» (27 janvier), gazouillait Trump via @POTUS, le compte twitter du President Of The United States. La veille, le chant avait viré au chantage: «Si le Mexique n’est pas disposé à payer pour le mur, alors il va falloir annuler notre prochaine rencontre» (26 janvier).

Quand les petits zozios bleus s’emmêlent les plumes, cela donne @realDonaldTrump qui se prend pour @POTUS, commandant en chef des forces armées, et s’envole pour larguer une boule puante, c’est de saison, sur Pékin: «La Chine récupère des quantités considérables de richesses et de profits grâce à des échanges commerciaux totalement unilatéraux avec les états-Unis, mais elle n’apportera pas son aide à la Corée du Nord. Sympa!» (@realDonaldTrump, 2 janvier) Boum! Une semaine après l’entrée en fonction de @POTUS, le Traité transpacifique de libre-échange, signé par Obama mais pas encore ratifié, explosait en vol.     

Un jour, un drôle de coucou lui aurait dit que la Chine intégrerait ce vaste accord de libre-échange entre Washington et onze autres pays de la zone Pacifique, Australie, Brunei, Canada, Chili, Japon, Malaisie, Mexique, Nouvelle-Zélande, Pérou, Singapour et Vietnam. Mais voilà, «le traité avait été conçu par Obama avec la volonté d’écarter Pékin du Pacifique et de contrebalancer sa présence dans la région...» (Libération, 25 janvier).

Le diable se cache dans ces foutus détails qui, comme les conflits d’intérêt du New-yorkais, peuvent se nicher partout. Ce furieux maniaque du gazouillis ne voit le monde qu’à travers Twitter, au point d’ordonner à son épouse de s’habiller, le jour de son investiture, aux couleurs de la marque. La twittosphère s’est émue de ce cas de maltraitance conjugale diffusant le hashtag #FreeMelania. La première dame des États-Unis, un oiseau en cage? Les petits piafs bleus resteront bientôt les seuls êtres au monde que son président de mari n’aura pas décrété d’arrêter à la frontière.

 

 

Atterri dans l’édition de février 2017


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FragmentsMaurice Laporte