Roulette syrienne et poker coréen

© Pierre Dubois / Mai 2017

© Pierre Dubois / Mai 2017

 

 

Fabio Lo Verso
1 mai 2017

Les épisodes se sont enchaînés à un rythme endiablé dans le feuilleton américano-nord-coréen. Lorsque Donald Trump laisse entendre, le 8 avril dernier, qu’il a dévié la route du porte-avions USS Carl Vinson et sa flotte, qui devaient initialement se rendre en Australie, vers la péninsule coréenne, le monde retient son souffle. Sauf que c’était une vaste farce! Un grand bluff, une trumperie. Le porte-avions étasunien avait continué son voyage vers sa destination. Très drôle.

On peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui, disait le très regretté Pierre Desproges. Le stratège en chef de la Maison-Blanche, grand plaisantin devant l’éternel, s’est bien amusé à énerver le dictateur de Pyongyang. Heureusement, celui-ci est doté d’un aussi solide sens de l’humour que le président à la mèche jaune.

Avec ses faux-airs de poupon enjoué, de celui qui, à la plage, piétine votre château de sable dès que vous lui tournez le dos, il a multiplié les essais balistiques et menacé Washington de déclencher une guerre thermo-nucléaire. Un facétieux, on vous dit! Kim Jong Un vs. Donal Trump: 2 à 1.

Mettez-vous deux minutes dans la peau de ce fils à papa à tendance paranoïaque. Un gros lourdingue vous montre ses muscles et vous chicane. Vous répliquez et paraphrasez, façon Tontons flingueurs: «Moi les dingues, j’les soigne, (...).  Moi quand on m’en fait trop j’correctionne, j’dynamite... j’disperse... et j’ventile...» Une pratique d’ailleurs déjà éprouvée, l’un de ces derniers souffre-douleur, son oncle et mentor, souvenez-vous, il l’a littéralement pulvérisé...

Aux États-Unis, avec Donald Trump, il a trouvé son binôme idéal. Les deux comiques de service aiment le poker, surtout menteur. Mais le Nord-Coréen n’a pas attendu l’Américain pour s’asseoir à la table de jeu. «Corée du Nord: une dangereuse partie de poker menteur», titrait, il y a quatre ans déjà, L’Express (9 mars 2013). «C’est un jeu de poker menteur», confirmait Le Parisien, le 31 mars 2013. Une séance d’échauffement, en attendant l’arrivée d’un adversaire à sa taille?

Il y a quelques jours, Le Figaro a enfin réuni les deux champions: Poker menteur entre Kim et Trump (14 avril 2017). Suivi par Le Monde, le 25 avril: Donald Trump contre la Corée du nord: jeux dangereux dans le Pacifique. Peu avant, le 6 avril, Donald Trump ordonnait, entre la poire et le fromage, le lancement de missiles contre une base en Syrie. Et voilà qu’un nouveau jeu, la roulette syrienne, prenait place dans son casino présidentiel.

«De quoi le trumpisme est-il le nom?» se demande, du coup, le journal Le Monde (21 avril). La réponse se trouve sur une table de poker bourrée d’explosifs, où les joueurs dégainent désormais pour un oui ou pour un non. La bonne blague!

 

Fragment atterri dans l’édition de mai 2017