Le sens d’une photo

Des enfants jouent dans l’église bruxelloise du Béguinage occupée, fin 2013, par un collectif d’Afghans. © Alberto Campi / Bruxelles, 12 décembre 2013

Des enfants jouent dans l’église bruxelloise du Béguinage occupée, fin 2013, par un collectif d’Afghans. © Alberto Campi / Bruxelles, 12 décembre 2013

 

 

Alberto Campi
Octobre 2017

C’était en décembre 2013. J’ai pris cette photo à l’intérieur de l’église du Béguinage, à Bruxelles, occupée par un collectif d’Afghans *. L’occupation s’est achevée en avril 2014 et presque tous ses occupants ont reçu un statut de réfugié ou une assistance complémentaire, mais comme le déclarait à l’issue du mouvement Samir Hamdard, porte-parole du collectif, à la RTBF (Radio-télévision publique belge francophone): «L’occupation est pour le moment terminée, [...] mais la lutte continue
    Plus de trois ans plus tard, cette photo a gagné, en septembre dernier, le premier prix au Festival de la photographie éthique dans la catégorie Single shot, sous le titre «Solidarité fertile».
    Je m’interroge au quotidien sur les raisons de mon travail, sur l’évolution de mon métier de photojournaliste et sur le rôle des journalistes tout court. Et il n’est pas rare que je ressente un malaise. Surtout quand il s’agit de couvrir des sujets délicats et instrumentalisés, comme celui de la migration, qui gave les lecteurs, et face auquel ils sont indifférents ou militants. Des photos iconiques comme celle du petit Aylan gisant sans vie sur une plage indignent un instant puis disparaissent de notre mémoire.
    Le rôle de nous autres journalistes, bien qu’il soit souvent frustrant, est celui de garantir une information correcte et vérifiée pour tenter de raconter notre temps aux lecteurs. Documenter et laisser une trace d’un présent qui deviendra passé, afin que les générations suivantes puissent nous juger, cela aussi, c’est notre rôle.
    Documenter, analyser et raconter. Trois actions qui sont autant de piliers de la vie démocratique. à une époque où réussir à gagner un salaire comme photojournaliste, sans céder aux compromis et aux pressions publicitaires, est presque devenu mission impossible, le fait qu’un festival de photojournalisme voit le jour et offre une contribution économique à nous autres reporters fait évidemment plaisir, mais fait peur également.
    Mes photos sont faites pour être avant tout publiées dans les médias, pour parler aux gens, et non pour être imprimées sur du papier fine art.


* Lire ici l’article de La Cité intitulé Belgique, le miroir afghan.

 

 
Alberto Campi