25 ans après, «Mains propres», mémoire sale

L’ex-juge Antonio Di Pietro au Club suisse de la presse à Genève. © Alberto Campi / 9 mai 2017

L’ex-juge Antonio Di Pietro au Club suisse de la presse à Genève. © Alberto Campi / 9 mai 2017

 

 

Alberto Campi
Juin 2017

J’avais 9 ans, quand Antonio Di Pietro, alors magistrat à Milan, donna, en février 1992, le coup d’envoi de l’enquête Mani pulite qui devait conduire à la fin de la «Première République» et à l’effondrement des partis politiques historiques.

Un quart de siècle plus tard, combien d’Italiens sont en mesure d’expliquer ce qui est arrivé à l’époque dans la Péninsule? À leur décharge, la complexité et la profondeur des changements provoqués par Mani pulite ne sont pas simples à saisir.

Ayant pour ma part eu l’occasion d’écouter, il y a quelques années, lors d’une discussion sur la Constitution italienne, le juge Gherardo Colombo, autre figure clé de Mani pulite, mais aussi Antonio Di Pietro, le 9 mai dernier à Genève, à l’occasion de la sortie du livre Mani pulite: 25 ans après, de Gianni Barbacetto, Peter Gomez et Marco Travaglio, il m’est apparu, de façon très claire, le rôle joué par les médias dans l’amnésie nationale au sujet de Mani pulite.

Comment oublier la révoltante pirouette de ces journaux qui ont encensé le pool de juges milanais pour mieux l’attaquer à la demande de leurs dirigeants. Ce qui surprend alors, c’est la rapidité de cette répugnante volte-face. On a assisté entre 1992 et 1993 à une ascension verticale vers les cimes de la «démocratie médiatique» avant une chute vertigineuse dans les profondeurs de la propagande.

Le résultat fut une réécriture révisionniste des causes et des conséquences de la corruption qui avait gangrené le pays. Mani pulite et ses héros furent mis au pilori. C’est alors que, porté par la servilité des médias italiens, un Citizen Kane à l’italienne a pu grimper, en 1994, au sommet du pays. Effaçant ce qui restait de la mémoire de Mani pulite.

 

 
Alberto Campi