Albanie, pays d’espoirs et de doutes

Accès du musée BunkArt2, dans le centre de Tirana, dédié à l'histoire de la police secrète albanaise, la Sigurimi. Les images collées sur le dôme du bunker dépeignent quelques-unes des victimes de la répression communiste entre 1943 et 1991. © Alberto Campi / Tirana, 19 juin 2017

Accès du musée BunkArt2, dans le centre de Tirana, dédié à l'histoire de la police secrète albanaise, la Sigurimi. Les images collées sur le dôme du bunker dépeignent quelques-unes des victimes de la répression communiste entre 1943 et 1991. © Alberto Campi / Tirana, 19 juin 2017

 

 

Alberto Campi
Juillet 2017

Les élections albanaises du 25 juin dernier ont vu la victoire éclatante et sans appel du Parti socialiste dirigé par le charismatique Edi Rama, 54 ans, ancien maire de la capitale Tirana entre 2000 et 2011, avec un passé d’intellectuel, de peintre et de joueur de basket.

Une législature progressiste devrait s’annoncer pour l’Albanie, mais le Parti socialiste cache beaucoup de cadavres dans son placard: accusations de corruption, manque de transparence dans la gestion de l’état, ligne politique autoritaire rendant la séparation des pouvoirs de plus en plus éphémère, liens opaques entre les politiciens, la police et l’immense business de la culture du cannabis, correspondant à environ la moitié du PIB du pays, et une relation opaque entre l’État albanais et les investisseurs étrangers.

À tout cela, il faut ajouter un changement inquiétant de politique sur la gestion des déchets. La première action d’Edi Rama, lorsqu’il a été élu chef du gouvernement en 2013, a été l’abrogation d’une législation interdisant l’importation de tout type de déchets.

Quatre ans plus tard, le même Edi Rama a changé d’avis, prétendant vouloir développer et renforcer l’industrie du recyclage pour s’aligner sur les pratiques de l’Union européenne et donc accroître le bien-être de son pays grâce aux déchets étrangers, bien que l’Albanie ne soit pas encore en mesure de gérer ses propres déchets de manière décente.

En discutant avec des journalistes albanais, un autre sujet revenait sans cesse: en Albanie, sur le papier, la liberté d’expression est garantie, mais il est conseillé de réfléchir à plusieurs reprises avant de dénoncer et de critiquer le gouvernement.

Il est certes loin le temps du dictateur Enver Hoxha et de la Sigurimi, la terrible police secrète du régime communiste albanais. Mais une fâcheuse habitude semble survivre dans le manque de transparence des institutions, certainement l’un des principaux freins à l’évolution démocratique de ce pays pris entre doutes et espoirs.

 
Alberto Campi