L’Histoire a parfois un goût «vintage»

Yaite et Jany, citoyennes cubaines, montrent leur passeport. © Alberto Campi / Obrenovac, Serbie 2014

Yaite et Jany, citoyennes cubaines, montrent leur passeport. © Alberto Campi / Obrenovac, Serbie 2014

 

 

Alberto Campi

Cela faisait plusieurs semaines que je suivais la «route des Balkans» en Serbie, l’itinéraire que des milliers de réfugiés empruntent à travers la péninsule balkanique pour rejoindre l’Europe et y demander l’asile. C’était en 2014.

Au centre pour réfugiés d’Obrenovac, à quelques dizaines de kilomètres de Belgrade, ma présence était devenue habituelle. Un soir, le directeur me demande de l’aider à trouver des personnes parlant espagnol pour traduire un texte. C’est ainsi que je fais la connaissance de Yaite et Jany, deux «filles» du pays de Fidel Castro. L’une était dentiste, l’autre infirmière.

J’étais surpris par leur présence dans ce lieu et encore plus bouleversé par le fait que deux Cubaines demandaient l’asile en Serbie… En effet, selon de vieux accords qui remontent à l’époque de Tito, les ressortissants cubains peuvent voyager en Serbie sans demander de visa.

Quelle meilleure opportunité que celle-ci pour fuir Cuba et tenter sa chance dans le continent européen? Ces deux femmes, après avoir été exploitées comme barmaids au Monténégro, avaient décidé de se remettre en route et de quitter les Balkans.

Quelques jours plus tard, dans un autre centre, je rencontre Mayte, une doctoresse cubaine. Avec son mari, elle avait abandonné l’île de l’économie planifiée et décidé de se rendre en Serbie pour tenter sa chance, en tant que médecin, dans une économie libre. En pleurant, elle me confie: «J’avais lu sur Wikipédia que la Serbie était un grand pays, en forte expansion économique...»

Quelques heures après notre rencontre, Mayte et sa famille, après bien des désillusions en Serbie, se sont confiés à un passeur pour rejoindre la Hongrie et y déposer leur demande d’asile. Il fut un temps où les dissidents communistes étaient les bienvenus dans ce pays. L’histoire a parfois un goût vintage.

 

Paru dans l’édition de décembre 2016

 
Alberto Campi