Ne pas se fier aux apparences

 © Alberto Campi / Finlande / Archives

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Alberto Campi
Février 2018

C’était en mai 2016. La plaine de Plainpalais, à Genève, a été recouverte par une affiche géante de 90 m2 portant l’inscription What would you do if your income were taken care of? (Que feriez-vous si votre revenu était assuré?). Ce poster XXL visait à faire la promotion de l’initiative pour un revenu de base inconditionnel. Un mois plus tard, en juin 2016, le texte a été massivement rejeté par les électeurs suisses avec 76,9% des voix.

Dans la même période, ailleurs en Europe, le revenu de base faisait son entrée dans les bureaux de Kela, l’agence finlandaise de la sécurité sociale. Le gouvernement finlandais de centre droit acceptait de tenter l’expérience d’un versement de 560 euros par mois pour 2000 chômeurs entre 25 et 58 ans. Le projet, qui a démarré le 1er janvier 2017, prendra fin le 31 décembre de cette année.

Le revenu de base est sûrement un des grands enjeux de notre temps et, comme tous les grands thèmes, suscite des discussions et des polémiques. Utiliser l’image ci-dessus pour illustrer le sujet est une provocation pour mener le lecteur à réfléchir sur le fait que, derrière l’expérience finlandaise, pays qui possède un système social très élargi, il n’y a absolument rien d’utopique ou d’idéaliste.

En effet, comme l’affirme Majukka Turunen, directrice de la division change management à la Kela, il ne s’agit que d’un «projet» pour comprendre si l’instrument du revenu de base peut aider à réduire le chômage et alléger la bureaucratie du système social finlandais. Elle souligne que «beaucoup de médias à travers le monde n’ont pas compris qu’il ne s’agissait absolument pas d’une expérience pour créer une société plus égalitaire et libre». Pour preuve, les syndicats finlandais s’opposent à cette initiative puisqu’ils y voient une manœuvre des entreprises pour faire accepter aux travailleurs des salaires inférieurs...
 

D’autres pays et régions, l’écosse, l’Ontario ou les Pays-Bas envisagent eux-aussi la mise en place d’un revenu de base.  Ailleurs, des projets ponctuels comme GiveDirectly, au Kenya, sont déjà en train de donner leurs fruits, avec des résultats très intéressants. Le revenu de base serait-il l’avenir de nos sociétés? Pour le savoir, il suffit d’en faire l’expérience de manière sérieuse et honnête sur un échantillon de la population. Comme le font les Finlandais. Avec  un peu plus d’utopie et un peu moins de pragmatisme.

 
Alberto Campi