«Marins à l’Encre», une aventure qui rime avec écriture

 
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Luisa Ballin

Mai 2018

Chamade. Nom inspirant pour un voilier. Il évoque un désir d’ailleurs, une expérience de création en mer voulue par les journalistes Sylvie Cohen et Marc Decrey, qui ont pris la mer en 2007 et le temps d’explorer le monde. Pour partager leurs découvertes, ils invitent à bord des artistes. Cette année, trois auteurs les ont rejoints pour une immersion en Alaska.
    Marins à l’Encre, recueil de nouvelles paru en 2018 chez Slatkine, est l’aboutissement d’une aventure pour l’écriture. Avec les mots de Diane Peylin et Pierre Crevoisier, et à travers les dessins de Matthieu Berthod. En 2017, Chamade largue les amarres et vogue vers les mers froides et les plages noires du «bout du bout» de l’Alaska. «Pour naviguer, découvrir, s’ouvrir à l’inconnu et aller à la rencontre de l’autre. Que cet autre soit nature ou culture. Voyager pour communiquer un message solidaire, humaniste et responsable», expliquent Sylvie Cohen et Marc Decrey, les skippers de Chamade. À leur retour naît un ouvrage original, dont le début et le milieu portent la griffe de Matthieu Berthod, auteur d’une bande dessinée unique de ce périple nautique. «Pour arriver à bord, il faut savoir s’orienter. Le chemin qui y mène s’apparente souvent à un jeu de piste jalonné de lieux aux noms étranges», dit l’un des personnages.
    Noms étranges. Comme The Last Frontier, texte poignant signé Diane Peylin: «Je n’ai rien d’un oiseau. Je n’ai rien d’un ours. Je n’ai rien d’un fils. Pourtant je vole vers le pays des grizzlis à la recherche d’un père. Montpellier – Paris – Reykjavik – Seattle – Anchorage – Sand Point. Tous ces vols sans avoir d’ailes. Sans trop comprendre les nuages et le bleu au-dessus des nuages.» Recherche d’une terre et de la maison d’un père, qui n’a pas tenu parole. Fiction. Réalité. Les visions et les sensations s’entremêlent.
    Sensation d’être un oiseau. Comme la petite Anastasia, rencontrée un été à Dutch Harbor par le protagoniste du récit de Pierre Crevoisier. Voler. Faire le tour du monde. Un rêve? «Ce n’est pas un rêve, c’est la réalité», affirme la jeune Aléoute d’Unalaska. Puissance de la pensée, magie de l’écriture.
    L’écriture. Une évidence. Une liberté. Un fantasme. «Pouvoir écrire des choses dont je suis certain que je ne vivrai jamais. Dès le moment où je commence à écrire, j’ai la liberté d’inventer. Par les mots qui naissent et qui s’envolent», déclare Pierre Crevoisier à La Cité.
    Voyager. Voir. Sentir. Absorber. Coucher sur le papier: «Être sensible, capter les choses puis les laisser décanter. Et à partir du moment où l’idée d’une histoire et d’une trajectoire vient, s’élancer. Naviguer est un type de vie auquel j’aime me confronter. Avec ses fulgurances et ses contingences. On m’a dit viens, inspires-toi et ensuite écris. Nous sommes rentrés à la fin de l’été 2017 et à la fin de l’année, nos textes étaient livrés
    Le journaliste et écrivain se souvient: «Il y a eu l’enthousiasme lorsque Marc Decrey et Sylvie Cohen m’ont proposé ce voyage. Le lendemain a surgi l’angoisse de me demander si j’étais capable de relever ce défi. Lorsque nous sommes revenus, j’ai su que ce que j’avais vécu avait été riche. Ce ne fut pas facile avec la persistance des jours de pluie. Mais lorsque le soleil revenait, je savais que nous vivions quelque chose de fort et d’important

 

 
Luisa Ballin