Le nouveau désordre mondial et ses effets collatéraux

 

Luisa Ballin
10 juin 2017

Le jour où le Mur de Berlin est tombé, nombreux sont ceux qui ont pensé que le monde se serait apaisé. Pourtant, comme l’atteste le dernier ouvrage du journaliste suisse Blaise Lempen, Le nouveau désordre mondial. De la chute du communisme à la montée des populismes — publié chez Georg Editeur en mai dernier —, le monde est devenu plus dangereux. Terrorisme. Violences multiples. Armes de destruction massive. Dérèglement du climat, retour du capitalisme sauvage, exploitation des plus faibles, jamais l’humanité n’a été aussi près de s’autodétruire.

Correspondant pendant vingt ans à l’ONU de Genève pour l’Agence télégraphique suisse (ATS), Blaise Lempen a observé les bouleversements du monde et les tâtonnements de la gouvernance mondiale face aux enjeux sur l’avenir de la planète. Son constat est accablant, mais, loin de céder au pessimisme, il propose des pistes afin d’éviter la destruction de l’Homme par l’Homme.

Pour analyser le nouveau désordre mondial, Blaise Lempen, expert en communication, fait aussi appel à la philosophie, son premier amour avant le journalisme. Car si la synthèse est personnelle, la philosophie vise à penser les relations entre les choses et à y donner un sens. à l’ère de la mondialisation de l’économie et de ses effets collatéraux, les citoyens sont frustrés par la politique et par ceux qui la pratiquent. «Les gens sentent... que les partis et les responsables établis ne parviennent pas à répondre aux grandes questions essentielles: sur la justice, le bien commun, et ce que cela signifie d’être citoyens. Le discours politique est en grande partie vide de sens moral, écrit Blaise Lempen. Il y a manifestement une quête de sens chez beaucoup de gens, dont les repères traditionnels ont éclaté à la suite de l’ouverture des frontières, de la contraction du temps et de l’espace, et de la mondialisation

L’un des objectifs de ce livre richement documenté, est de penser la complexité de l’Histoire récente, que l’auteur choisit d’analyser à partir de la chute du communisme pour arriver à la montée des populismes, en Europe de l’Est et de l’Ouest, en passant par les états-Unis et jusqu’aux Philippines. L’ONU, que Blaise Lempen a observée pendant deux décennies, tente de mettre de l’ordre dans le désordre mondial, mais, à la merci des contributions de ses états membres, la vénérable institution ne peut que constater ses limites.

Si, pour beaucoup, l’élection à sa tête de l’ancien premier ministre portugais Antonio Guterres, qui fut un énergique Haut-Commissaire pour les réfugiés, constitue un espoir, Blaise Lempen nuance l’enthousiasme général: «D’avoir un humanitaire, ne serait-ce pas le signe que certains États veulent réduire l’ONU à une organisation humanitaire? Et qu’elle n’est pas censée s’immiscer dans les affaires politiques des grandes puissances? Que faire pour que le monde cesse de courir au désastre? En appeler au «sens des responsabilités» que certains dirigeants semblent avoir perdu. Et Blaise Lempen de citer l’écrivain libanais Amin Maalouf: «Ayant atteint ce stade avancé de son évolution, caractérisé par un si haut degré d’intégration globale, l’humanité ne peut plus qu’imploser ou se métamorphoser

 

Paru dans l’édition de juin 2017