Solar Impulse, l’objectif soleil de deux pionniers suisses

Bertrand Piccard et André Borschberg. © Solar Impulse, Ackermann, Rezo.ch

Bertrand Piccard et André Borschberg. © Solar Impulse, Ackermann, Rezo.ch

 

Solar Impulse: une prouesse technologique et une aventure humaine entrées dans l'Histoire. Bertrand Piccard et André Borschberg, co-fondateurs et co-pilotes de l'avion solaire, retracent leur épopée dans un livre passionnant. 

Luisa Ballin
24 juillet 2017

 

26 juillet 2016. L’avion Solar Impulse achève son tour du monde sans avoir utilisé une goutte de carburant. Une première mondiale dans le domaine de l’aviation et un pas de géant dans l’histoire des énergies renouvelables. Aux commandes dans le cockpit de cet aéronef révolutionnaire, deux pionniers suisses d’exception, le pilote de chasse et ingénieur André Borschberg et le médecin psychiatre et aérostier Bertrand Piccard, descendant d’une illustre famille d’explorateurs.

«L’impossible n’existe que dans la tête de ceux qui ne savent pas imaginer un autre avenir que leur présent», affirment Bertrand Piccard et André Borschberg, en conclusion de leur livre Objectif Soleil. L’aventure Solar Impulse (Stock, 2017). Ce récit palpitant de leur extraordinaire odyssée dans les airs, à la seule énergie solaire, est un hymne à l’engagement pour la sauvegarde de la planète, car si l’homme a marché sur la lune, il ignore toujours le sens de son passage sur terre.

Voler perpétuellement sans carburant, ils en avaient rêvé dans leur enfance. Bertrand Piccard lorsqu’il accompagnait son père Jacques à Cap Canaveral pour y rencontrer les astronautes des missions Apollo. Et André Borschberg dans sa chambre, où il construisait des maquettes d’avion. Les ailes du désir les emmèneront au bout de leur rêve: parvenir à stocker assez d’énergie solaire de jour pour voler de nuit, sur les traces de ceux qui furent leurs héros, de Lindberg à St-Exupéry. Et, défi majeur, pour trouver comment gérer l’apport du précieux «carburant solaire» tout en sauvegardant la sécurité et la stabilité de leur élégant engin volant.

Objectif soleil est un livre passionnant et honnête. Car si les deux auteurs exaltent les temps forts de leur épopée extraordinaire dans les airs, ils n’occultent pas les moments de fortes turbulences dans leur relation. Lorsque leurs querelles d’ego risqueront de faire échouer l’opération, Piccard et Borschberg auront l’intelligence de mettre en sourdine leur rivalité fraternelle pour ne pas perdre de vue le but qu’ils se sont fixé: faire de Solar Impulse le symbole stupéfiant du développement durable.

«Mon souci aujourd’hui est de comprendre dans chaque projet ce qui peut être utile à l’humanité. Quant à Bertrand, sa grande force — savoir transformer son audace en opportunité pour les autres — a fait de Solar Impulse non pas un projet d’avion mais un vrai projet de société», écrit André Borschberg. Et Bertrand Piccard de renchérir: «Nous avons tellement appris, grandi ensemble et progressé; ces expériences feront à jamais partie de notre existence. Nous n’avons pas partagé un job, mais un projet de vie. Une dernière fois, les hélices vont s’arrêter de tourner sur la piste. Ce moment-là ne sera que le début de la suite, au-delà de Solar Impulse. Cette aventure n’est pas une fin en soi et elle ne s’arrêtera jamais… Mon grand-père (Auguste Piccard, ndlr) avait écrit, en 1942 déjà, un article préconisant le remplacement du pétrole par le solaire… C’est à lui que je dédie ce vol.»

Ce dernier vol, André Borschberg le résume ainsi: «Bertrand fait son approche. On voit l’avion, l’arrivée dans la nuit. Les roues se posent, il s’arrête. Il ne peut plus rien se produire. C’est fini. Cet avion de 72 mètres d’envergure, hyper fragile, vulnérable, délicat, volant simplement grâce aux rayons du soleil, a pu faire les 40 000 kilomètres autour de la Terre. Cette vision que Bertrand avait eue dix-sept ans plus tôt, nous l’avons réalisée. Lorsqu’il ouvre la porte du cockpit, j’ai devant moi une des rares personnes sur Terre capable d’effectuer deux exploits complètement nouveau dans sa vie. Deux tours du monde, l’un avec le vent, l’autre avec le soleil. Un souvenir amusé me revient: quelqu’un m’avait expliqué à l’époque qu’il n’investirait pas dans ce projet, car, pour lui, la probabilité qu’une même personne réussisse deux projets extraordinaires dans sa vie était nulle. Et pourtant… »

Dans les pages de ce livre fascinant, Bertrand Piccard rend hommage à son complice qu’il avait failli perdre lorsque l’hélicoptère d’André Borschberg était tombé en montagne, par une température glaciale, et que ce pilote hors pair avait miraculeusement survécu. «L’équipe d’Abou Dhabi entoure maintenant l’avion. La manière dont me regarde Michèle (l’épouse de Bertrand Piccard, ndlr) veut tout dire. Elle n’a pas besoin d’en rajouter et s’efface pour laisser passer André et Greg (Gregory Blatt, responsable des relations internationales, finances et partenaires de Solar Impulse, ndlr). Je sens leurs mains en passant le bras par la fenêtre. Sacré André! L’avion qu’il a construit a tenu le coup jusqu’au bout! Quelle merveille!»